Prix Goncourt: Qui est Lydie Salvayre, la lauréate surprise?

LITTERATURE Lydie Salvayre, 66 ans, longtemps psychiatre, reste une inconnue pour le grand public malgré une carrière littéraire bien remplie... 

Annabelle Laurent et Florence Floux

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Lydie Salvayre, lauréate surprise du Goncourt, le 5 novembre 2014

Lydie Salvayre, lauréate surprise du Goncourt, le 5 novembre 2014 — ERIC FEFERBERG / AFP

Des larmes pour l’auteur de Pas pleurer. Lydie Salvayre est arrivée très émue ce mercredi au restaurant Drouant où l’attendait l’émeute habituelle réservée aux lauréats. «Je suis infiniment heureuse, que dire d’autre? Je ne me rends pas bien compte», murmurait-elle calmement aux journalistes une fois entourée, à l’étage du restaurant, des dix jurés l’ayant consacrée à la surprise générale, à six voix contre quatre pour Kamel Daoud, qui partait favori avec Foenkinos.

Un Goncourt s’écoule à 400.000 exemplaires en moyenne, et il se pourrait bien que vous receviez son roman à Noël. Si vous ne connaissez pas l’auteur, voici donc une antisèche.  

Née de parents exilés espagnols
Lydie Salvayre est née en 1948, dans un village près de Toulouse, de parents républicains espagnols exilés après la victoire des franquistes. Son père andalou, issu d’une famille franquiste, ne retournera jamais chez lui. Sa mère, catalane, aujourd’hui malade d’Alzheimer, est l'une des voix de son roman Pas pleurer (Seuil). Lydie Salvayre n’apprend le français qu’à l’école primaire, et l’une des particularités du roman est de mêler ses deux langues, créant ainsi le «fragnol». Le président de l’Académie Goncourt Bernard Pivot a salué «une écriture très originale», glissant un regret «qu'il y ait parfois trop d'espagnol».

Deux métiers
«C’est un prix pour une vie consacrée à la littérature», nous confiait ce mercredi son éditeur au Seuil, mais Lydie Salvayre n’est devenue romancière que sur le tard. Après une licence de lettres, elle bifurque vers la médecine et exerce comme psychiatre à Marseille. Ce n’est qu’en arrivant à Paris à 35 ans qu’elle expédie le manuscrit de La déclaration, son premier roman publié sept ans plus tard, en 1990, raconte Lire dans un portrait consacré à ses deux métiers, à l’époque où elle dirigeait encore le centre médico-psycho-pédagogique de Bagnolet. La pratique médicale lui a appris «énormément» pour l'écriture, confie-t-elle au magazine, et les romans l’ont en retour «préservée d'un certain dogmatisme psy» et «empêchée de tout interpréter, de déceler un sens dans tout».

Une carrière bien remplie
La carrière littéraire de Lydie Salvayre est à son image, discrète et explosive à la fois. Si elle s’essaie dès 1990 aux thèmes du désamour (La Déclaration) et du couple (La Vie commune), puis à celui du monde de l’entreprise dans La Médaille, c’est avec son roman La Compagnie des spectres, en 1997, qu’elle se fait réellement connaître. Le roman est à l'époque favori dans la course aux prix littéraires et remporte finalement le prix Novembre. Dans ce huis clos entre une mère, sa fille et un huissier venu saisir leurs biens, les thèmes de la mémoire, de la pauvreté et de l’histoire, présents dans Pas pleurer, se trouvent déjà réunis. Dans B.W., en 2009, elle décrit le désarroi de son compagnon Bernard Wallet, ancien champion d’athlétisme reconverti dans l’édition et devenu aveugle. Ses romans sont traduits dans une vingtaine de langues. 

Lydie Salvayre et son roman Pas Pleurer, le 5 novembre 2014 - ERIC FEFERBERG / AFP
«Pas pleurer», son roman le plus personnel
Avec Pas pleurer, Lydie Salvayre signe son roman le plus personnel, mêlant les souvenirs de la guerre civile espagnole de sa mère et l’expérience franquiste de Georges Bernanos, dont il tirera plus tard son livre Des cimetières sous la lune. Le rapport à la mère, les racines catalanes, la colère de classes, l’exil mais aussi la politique des extrêmes… Les thèmes abordés par l’auteure se bousculent, à travers cet été 1936 où l’Espagne chavire et le destin de sa mère bascule. Le point commun des romans de la lauréate surprise du Goncourt 2014? «Une humanité qui explose quel que soit le sujet qu’elle aborde», comme le dit si bien au HuffPost Zabou Breitman, qui jouait encore l’hiver dernier à guichets fermés La Compagnie des spectres

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