La Bélarusse Svetlana Alexievitch, le Kenyan Ngugi wa Thiong'o et le Japonais Haruki Murakami sont les favoris des cercles littéraires et des sites de paris en ligne pour le prix Nobel de littérature, décerné jeudi. Il reste difficile de deviner qui succèdera à la Canadienne Alice Munro.

Sur son blog, le secrétaire perpétuel Peter Englund a simplement publié mardi une photo de la majestueuse salle de la Bourse, où il annoncera le nom du lauréat, indiquant: «Les préparatifs sont en cours.»

Cinq candidatures retenues sur 210

Sur les 210 candidatures soumises à l'Académie cette année, cinq ont été retenues. Les membres du jury, chargés de lire attentivement ces cinq auteurs, ont traditionnellement recours à toutes sortes de stratagèmes pour garder secrète cette liste de finalistes.

Ngugi wa Thiong'o, à Londres, en 2013. - SIPANY/SIPA

 

Le continent africain est le parent pauvre: seuls quatre auteurs ont été récompensés depuis la création du prix, dont le dernier, le Sud-Africain John M. Coetzee, en 2003. Le Kényan Ngugi wa Thiong'o est un candidat d'autant plus crédible qu'il a «un style élaboré, c'est un conteur populaire et un dissident anticolonialiste pur jus», soutient une critique littéraire d'Aftonbladet, Pia Bergström.

«L'Académie aime bien surprendre».

Haruki Murakami «est le préféré des lecteurs et de beaucoup de journalistes, mais il manque à ses oeuvres ce supplément de profondeur qui ferait de lui un Nobel», pense Elise Karlsson, critique auprès du quotidien Svenska Dagbladet. Selon elle, il ne faut pas perdre de vue que «l'Académie aime bien surprendre».

« Rien ne serait plus étonnant que de choisir des Canadiennes deux années d'affilée », affirme-t-elle. Pourtant les noms d'Anne Carson et de Margaret Atwood apparaissent souvent dans les discussions.

Claes Wahlin, critique au tabloïd Aftonbladet, remarque qu'il est «vraiment très rare que l'Académie récompense la même langue deux années d'affilée», ce qui exclurait la littérature anglophone, primée en 2013. Mais, si la même langue est choisie, «il faut que ce soit dans deux parties du monde très éloignées», ce qui éliminerait l'Américaine Joyce Carol Oates. 

Le Syrien Adonis, le Français Yves Bonnefoy ou le Sud-Coréen Ko Un seraient des lauréats plausibles, si l'Académie veut se détourner du roman.

Svetlana Alexievich, à Minsk, en 2009. - MARGARITA KABAKOVA/AFP

 

Le prix pourrait plébisciter le reportage littéraire et aller à la Bélarusse Svetlana Alexievitch, avance Elise Karlsson. Svetlana Alexievitch, donnée comme archifavorite chez les parieurs en 2013, est pour Lidija Praizovic, d'Aftonbladet, une lauréate idéale qui «se concentre toujours sur les expériences et les sentiments du petit individu», explique-t-elle dans son quotidien.

Patrick Modiano ou Milan Kundera

Le Français Patrick Modiano, qui a dépeint Paris sous l'occupation allemande, et le Somalien Nuruddin Farah, qui a évoqué l'histoire complexe d'un pays méconnu, sont également cités. Enfin, si l'Académie veut choisir un auteur âgé, Milan Kundera, 85 ans, pourrait être récompensé.