La Grande guerre se raconte dans de petites cases

BD Centenaire de la Grande guerre oblige, les albums consacrés à nos chers poilus pullulent dans les bacs des libraires depuis le début de l’année.

Olivier Mimran

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Extrait de «14-18» tome 1

Extrait de «14-18» tome 1 — Corbeyran, Le Roux & éditions Delcourt 2014

Vous pensiez pouvoir passer à autre chose ? Et bien c’est raté, car après une courte accalmie estivale, les éditeurs se remettent à nous bombarder de récits sur la der des ders. Du coup, comme lors de toute surproduction, le pire cotoie le meilleur. 20 Minutes a donc sélectionné trois nouveautés qui méritent (vraiment) le coup d’oeil.

D'autres «poilus» à la rescousse
 

L’histoire en témoigne, les grands conflits ont toujours occasionné des décisions extrêmes. Voire pittoresques. Voire les deux en même temps, comme celle prise fin 1914 par l’état-major français: dans l’incapacité matérielle de ravitailler le front pour cause d’hiver trop rugueux, l’armée envoya un de ses capitaines récupérer 400 chiens de traineau en Alaska! C’est cette incroyable anecdote, classée secret défense par l’armée pendant des décennies, que relate le premier volume des Poilus d’Alaska (qui en comptera deux). Astucieusement écrit par Michael Delbosco et Daniel Duhand, le récit décrit parallèlement le mois de novembre du capitaine Moufflot, miraculeusement réchappé d’un affrontement direct avec l’ennemi, et de Scotty Howard, un personnage rugueux tenu pour le plus grand éleveur de chiens d’Alaska. Or il se trouve que Moufflot ayant déjà séjourné en Alaska, ces deux-là se vouent une haine tenace… Un album absoluement trépidant, qui éclaire certains aspects les moins exposés de la guerre.

Les poilus d’Alaska t1 «Moufflot, Hiver 1914», de Félix Brune, Michael Delbosco & Daniel Duhand - éditions Casterman, 13,50€
 

Une saga des petites gens
 

Prévue en dix volumes publiés sur cinq ans (comme les cinq années effectives que dura la première guerre mondiale), la série sobrement intitulée 14-18 s’attache à revenir sur les évènements à hauteur d’homme. Pour ce faire, le duo Corbeyran/Le Roux suit, de l’annonce de la mobilisation générale aux quelques mois qui suivront l’armistice, huit jeunes hommes issus du même village français et enrôlés dans la même unité. Mais qui dit huit soldats dit également huit épouses ou fiancées, huit familles angoissées, des tas d’amis indirectement concernés par ce qu’il se passe «là-haut, en face des boches». Très émouvant car très juste, ce premier tome rappelle que les hommes alors impliqués méritaient davantage que leur surnom de «chair à canons».

14-18 t1 «Le petit soldat (Août 1914)», de Corbeyran & Étienne Le Roux - éditions Delcourt, 14,50€
 

Révolte dans les tranchées
 

Il est avéré et notoire qu’en 14-18, des soldats furent fusillés pour désertion ou mutinerie. Et il semble aujourd’hui normal que certains aient refusé de se jeter sans broncher dans l’abattoir. Le chant du cygne relate précisément comment, sur le front de l’Aisne, 3.000 hommes signèrent une pétition dénonçant l’incompréhensible entêtement d’un général qui les avait envoyés onze fois de suite au feu… Captivant et bien documenté, ce premier volume d’un dyptique révèle combien ceux que leurs supérieurs taxaient de lâches recélaient, en fait, de courage. Et de conscience politique, eux qui pensaient naïvement parvenir, en s’unissant, à changer le cours du conflit. On connait la suite, et leur triste fin.

Le chant du Cygne t1, de Cédric Babouche, Xavier Dorison & Emmanuel Herzet - éditions Le Lombard, 14,99€