«Le liseur de 6h27», futur best-seller de l’été?

CULTURE «Le liseur du 6h27», premier roman de Jean-Paul Didierlaurent, a été acheté dans 25 pays avant même sa parution début mai. Il raconte ce succès «surréaliste» à «20 Minutes»…

Annabelle Laurent

— 

Jean-Paul Didierlaurent, auteur du Liseur du 6h27 (Diable Vauvert)

Jean-Paul Didierlaurent, auteur du Liseur du 6h27 (Diable Vauvert) — Gwendolyne Delisle

Un liseur et bientôt des centaines de milliers de lecteurs. «C’est ma femme qui a trouvé le mot le plus juste: c’est surréaliste»: Jean-Paul Didierlaurent peine à croire au succès de son premier roman, acheté par 25 pays et objet d’une bataille entre éditeurs de poche (remportée par Folio) avant même sa parution, le 6 mai dernier, au Diable Vauvert. Un phénomène d’édition qui se poursuit depuis, avec un premier tirage de 8.000 exemplaires, une seconde réimpression en moins d'une semaine, après un passage à «La Grande Librairie», et une troisième en route. 

L’histoire? Guylain Vignolles n’aime ni son nom, à la contrepèterie malheureuse -Vilain Guignol, ni son boulot abrutissant: déverser dans la gueule béante d’une machine broyeuse des tonnes de livres invendus, dont il sauve en lot de consolation quelques feuillets pour les lire chaque jour aux passagers de son RER de 6h27. Jusqu’à ce qu’il tombe, dans ce même RER, sur la clé USB d’une inconnue… Ce qui va –eh oui– changer sa vie.  

«Le roman me faisait peur»

Dans l’histoire de son auteur, ce n'est pas une clé mais un e-mail qui a annoncé, il y a quelques mois, le tournant. «Déjà, avoir signé avec une maison d’édition, c’était l’aboutissement d’un rêve. J’attendais la sortie du roman et je reçois un mail de mon éditrice qui me dit que les Espagnols sont intéressés. Je ne savais même pas qu’un livre pouvait être acquis à l’étranger avant qu'il sorte.» Puis l’Italie, l’Allemagne, «les pays arrivaient un par un». 

Vosgien de 52 ans, Jean-Paul Didierlaurent travaille au back-office chez Orange sur les dossiers des clients, «c’est pas passionnant». Il se met à l'écriture en 1997. «Pour un concours de nouvelles locales. Ecrire pour écrire, je ne le sentais pas. Il faut que j’ai un but.» Il remporte le concours, on l’encourage à continuer. «J’en ai fait une quinzaine d’années. Le roman me faisait peur.» La résidence d’auteurs proposée par Marion Mazauric, directrice des éditions du Diable Vauvert lui fait sauter le pas. Après deux Prix Hemingway, il écrit en résidence à l'été 2011 la moitié du roman, reprend en 2012, et «mi-2013, Marion me dit: "On édite". C’était le début du bonheur.»

«Un fantasme commun»

A la Bresse, son village d’origine, la librairie était en rupture de stock en quelques jours et son agenda des mois à venir est, «oh mon dieu, très chargé… Entre les interviews, les signatures, beaucoup de salons». Il prévoit de se mettre en disponibilité à la fin de l’été et arrêtera définitivement «si c’est jouable financièrement. Ça reste un rêve».

Une success-story pour ce qu’on appelle aujourd'hui un «roman feel-good» -qui rappelle la place en top des ventes de Demain j’arrête- et présenté en quatrième de couverture comme «un magnifique conte moderne, drôle, poétique et généreux»: Guylain Vignolles est un «employé discret» sauvé de sa solitude par sa rencontre avec une Dame Pipi qui écrit à ses heures perdues…

«Ils vivent leur petite vie sans rien dire»

Deux personnages, issus de précédentes nouvelles, «qu’on ne voit que pour leurs fonctions. Ce sont des invisibles. Actuellement, tout ce qui compte, c’est le paraître, on oublie l’humanité et eux ne sont ni des loosers ni des gagnants, ils vivent leur petite vie sans rien dire. Guylain, on a envie qu’il sorte de sa non-existence», commente l’auteur pour tenter d’expliquer son succès.

On parle même d’une adaptation au cinéma. Comme pour La liste de mes envies... «Une productrice américaine était sur le coup mais rien n’est acté», tempère l’auteur. Et si jamais? Pour les acteurs, «j’avais imaginé Emmanuelle Devos», pour le gardien du pilon, «Jean Rochefort». Et comme réalisateur, «on me parle souvent d’Amélie Poulain à propos de mon roman. Moi aussi je rêve de Jean-Pierre Jeunet». 

Le Liseur du 6h27 de Jean-Paul Didier Laurent. Au diable Vauvert. 224 pages. 16 euros. 
 

Mots-clés :