Le prix Quais du Polar/20Minutes 2014 est attribué à... Ian Manook

INTERVIEW Coup d’essai et coup de maître: Ian Manook, alias Patrick Manoukian (frère d’André Manoukian) décroche le prix Quais du Polar/20 Minutes 2014 pour son premier roman noir Yeruldegger (Albin Michel)...

Caroline Girardon

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Ian Manook, lauréat du 10e prix Quais du polar / 20Minutes

Ian Manook, lauréat du 10e prix Quais du polar / 20Minutes — Albin Michel

Le prix Quais du Polar/20Minutes sera remis ce samedi à Lyon dans le cadre du festival, en présence des neuf précédents lauréats. Et Ian Manook annonce déjà une suite du livre.

C’est votre premier polar. Qu’est ce que ça vous fait de gagner ce prix?

Déjà, c’est quelque chose d’inattendu parce ce que j’ai 65 ans. Et me retrouver, à mon âge, comme le petit dernier de la bande, c’est plus que flatteur. En général, ceux qui étaient primés avant moi, étaient beaucoup plus jeunes. Donc, c’est d’abord un grand plaisir. Ensuite, être primé pour mon premier roman, c’est une certaine reconnaissance. Que ce roman soit couronné par le prix que je considère comme le plus prestigieux des prix du polar, je suis plus que content. En plus, pour cette dixième édition avec les grands auteurs américains qui seront là et les précédents lauréats, je suis très flatté.

Comment en êtes-vous venu au polar?

J’y suis venu complètement par hasard, à la suite d’un défi que m’a lancé ma plus jeune fille qui était de publier deux livres par an dans des genres différents à chaque fois et sous un pseudonyme différent. Yeruldegger est en réalité mon quatrième livre mais le premier roman pour adultes. Le premier était un essai sur les voyages, le deuxième était un roman sur la jeunesse qui s’appelait Les Bertignac (prix Gulli 2012). Le troisième livre était un romain littéraire trop ambitieux et un peu élitiste, qu’il me faudra remanier.

Pourquoi s’être tourné vers le polar? Etiez-vous amateur du genre?

Je n’ai vraiment aucune culture du polar, j’en suis resté à Le Carré (rires). Depuis six mois que je suis rentré dans cet univers, je vois qu’il y a des écoles. Je commence à comprendre les différents types de polar. Pour moi, avant, il ne faisait pas forcément partie d’une classe à part. Quand je lisais du John Le Carré ou du Frederick Forsyth, je lisais avant tout des romans, sans faire la distinction avec les livres d’espionnage ou autres. Mais en fait, j’en suis venu au polar grâce aux voyages.

Yeruldegger se passe en Mongolie. Pourquoi ce pays ?

Je suis allé en Mongolie pendant 5 semaines en 2009 et encore une fois, grâce à ma plus jeune fille qui parraine depuis dix ans un petit filleul là-bas et qui a émis l’idée d’aller voir si l’argent était bien utilisé. Donc nous y sommes allés en famille. Nous avons visité une partie de la Mongolie touristique traditionnelle et puis après, nous sommes allés voir Gantulga, son filleul qui m’a inspiré l’un des personnages du livre. Lui, vit dans une région très différente. Ça m’a permis de m’approcher des coutumes, des modes de vie.
Et puis, il faut dire que j’ai 65 ans, je suis un soixante-huitard. Dans ma jeunesse, j’étais un  vrai routard, un traine-savate, un hippie, bref tout ce que vous voulez (rires). J’ai fait un premier grand voyage «initiatique» de 27 mois. Et c’est la deuxième raison pour laquelle j’ai choisi la Mongolie. En dehors de l’amour fou que je porte au Brésil, j’ai une vraie fascination pour les pays «à atmosphère minérale» comme la Patagonie, l’Alaska, l’Islande et la Mongolie. Sans parler du fait que je suis aussi très intéressé par la «philosophie chamanique». La Mongolie regroupait tout ça.

Où en êtes-vous dans vos projets ?

Je viens de terminer le deuxième tome de Yeruldegger, je l’ai remis avant-hier à Albin Michel. Il devrait sortir très probablement à l’automne prochain. Et je travaille déjà sur le troisième volet. Mais je ne me limite pas à une trilogie, il y aura autant de livres que le public voudra bien en lire (rires). Du premier au deuxième volume, je peux déjà vous dire que le personnage va beaucoup évoluer. Et encore plus dans le 3e. Mais je ne sais pas encore si le personnage de Yeruldegger va disparaitre de lui-même pour laisser place à un autre personnage ou si cette perte de consistance va lui donner une épaisseur dramatique qui me permettra d’écrire de nouvelles choses. En tout cas, je n’ai pas prévu de fin à cette saga. Si ça fonctionne, j’en écrirai d’autres.
Dans le premier livre, l’histoire se passe l’été avec «les méchants chinois». Le deuxième se déroulera l’hiver avec «les méchants russes». Après cela, je n’aurai plus beaucoup d’alternatives. La solution c’est que Yeruldegger aille voir ailleurs de quoi est fait le monde. Mais le défi sera de partir avec tout son attachement culturel.

A la fin du premier, on aurait pu imaginer que le personnage pouvait enfin faire la paix avec lui-même…

Cela n’arrivera pas (rires). Tous les personnages du premier en prendront plein la figure dans le deuxième. Comme ça, c’est clair (rires).