Son Porteur d’histoire fut l’un des plus gros succès de l’année 2013. Trois ans après sa naissance à l’été 2011 dans une petite salle d’Avignon, la pièce poursuit sa tournée triomphale, à travers la France et à Paris, au Studio des Champs d’Elysées jusqu'en juin, avant trois semaines à Avignon cet été. Ainsi encouragé, Alexis Michalik n’a pas perdu de temps: Le Cercle des Illusionnistes, sa deuxième pièce, se joue au Théâtre de la Pépinière jusqu’au 29 mars.

Tourbillon plus que brouillon

«J’ai voulu battre le fer tant qu’il est chaud», confie le jeune auteur en évoquant «la pression de décevoir». Qu’il se rassure: séduit par l’énergie jubilatoire du Porteur, le public (beaucoup de trentenaires) est au rendez-vous, c'est «pratiquement plein tous les soirs». Michalik reprend le concept de pièce chorale portée par une narration bien huilée, montée en crescendo, traversée d’incessants allers-retours dans le temps, pour un tout surprenant de cohésion, tourbillon plus que brouillon. On est au début du XIXe siècle avec Robert-Houdin, le père fondateur de la magie moderne, en 1984 avec Avril et Décembre au siège de la BNP, à la fin du XIXe siècle avec George Méliès, et bien sûr, tous ces destins sont liés.

Sur scène, six comédiens –  le Porteur en comptait cinq - se relaient avec talent. Et l’énergie requise: ils sont six… pour 26 personnages. Un choix financier, certes, mais c’est aussi qu’«un comédien, ça aime jouer. Moi je n’aime pas m’ennuyer en coulisses», justifie Alexis Michalik, vu lui-même dans de nombreux seconds rôles à la télévision, tout récemment dans la saison 2 de «Kaboul Kitchen». Inspiré par une anecdote sur Robert-Houdin, il avait «au départ de quoi faire 3 ou 4 pièces, dit-il. Alors j’ai sélectionné la matière, puis tordu la réalité». Car voilà ce qui l’intéresse: «J’ai fait des maths»  - il arrête à 19 ans quand il est admis au Conservatoire, où il n’a pourtant jamais étudié – «et j’aime tout ce qui contourne la narration linéaire». Il cite Iñárritu, Christopher Nolan, Wajdi Mouawad, ces auteurs «qui tordent l’espace-temps».  

Surprendre les fans de série

L’objectif: «Obtenir l’attention totale du spectateur», «surprendre un public qui est aujourd’hui extrêmement habitué à deviner les fin de séries». Alors il nous tient en haleine, entremêle tout (trop, parfois), crée un «twist» à la moitié du spectacle. Ça marche, et il se dit le premier surpris. En 2011, après avoir jusqu’ici réécrit des pièces de Shakespeare (La Mégère à peu près apprivoisée, Roméo et Juliette) et Beaumarchais, il croit créer «un objet intéressant, pas un objet populaire».

«Je ne pensais pas qu’une narration complexe, sur plusieurs niveaux, pouvait marcher au théâtre». Trop cinématographique. Les salles combles lui prouvent le contraire. Du coup, il fera «peut-être un triptyque. Mais pas plus, ça peut lasser.» En attendant, pendant que la critique loue «l’auteur qui monte», il travaille. «Quand on a commencé sur scène en novembre, je travaillais sur le texte depuis 18 mois, j’étais à la version 12. Après les répétitions, j’étais à la version 17. Comme disait Chaplin, c’est 1% de talent, 99% de sueur.»

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