- © Le Lombard - Charles Robin

Le premier entretien nous a été accordé par le Belge Hermann Huppen, auteur de plus de 125 albums et créateur des séries Jérémiah, Jugurtha, Bernard Prince, Comanche etc.

Que pensez-vous du festival d’Angoulême?

Beaucoup de bien: je l’ai fréquenté dès ses débuts! On a même fait, à l’intiative de Francis Groux [ndr: un de ses co-créateurs], une «édition 0» avec Dany, Tibet, etc. J’y suis allé jusqu’à la 7e édition puis j’ai cessé de m’y rendre car à l’époque, rallier Angoulême depuis Bruxelles relevait de l’expédition [rires]. Quoiqu’il en soit, je soutiens moralement le festival. Je crois qu’il est indispensable qu’il continue à exister car il sert la bande dessinée comme aucun autre évènement.

Comment voyez-vous l’évolution du festival d’Angoulême?

Elle accompagne parfaitement l’évolution de la BD. C’est bien de mettre en avant tous ces jeunes qui arrivent, car il n’y a jamais eu autant de branches à «l’arbre bande dessinée». Parfois, je me demande comment je peux encore survivre dans ce médium tant la concurrence est fournie. Je deviens un peu un dinosaure, d’abord à cause de l’âge [rires], mais aussi parce que beaucoup de collègues de ma génération ayant disparu, je me sens de plus en plus étranger, déphasé, au sein de cette symphonie de talents.
J’ajoute que je ne retrouve plus ce climat de camaraderie dans lequel j’ai moi-même «grandi». Et si j’applaudis le festival et ses bienfaits, je trouve que, sur le plan humain, quelque chose fiche un peu le camp… C’est la conséquence du temps qui passe : on se sent étranger à certains styles de BD, contre lesquels on n’a rien mais auxquels on ne comprend rien [rires]. 

Vous serez présent lors de la 41e édition?

Oui, pour faire la promotion d’un nouvel album à paraître au Lombard, qui fêtera le 20e anniversaire de la collection «Signé», au sein de laquelle j’ai réalisé plusieurs albums. En outre, je participerai, avec grand plaisir, à une table ronde avec François Boucq, que je tiens pour le «Mont-Blanc» de la bande dessinée.

Que pensez-vous du nouveau système de vote?

Honnêtement, ça m’intéresse peu. Maintenant, ça aura peut-être du bon car jusqu’à présent, seuls les ex Grand Prix votaient et je confesse que j’ai parfois eu la mâchoire pendouillante devant certains de leurs choix. Le nouveau système est probabement positif.

Vous faites partie de la pré-liste des vingt auteurs éligibles au Grand Prix.

Bah! Mon camarade Jean-Claude Mézières m’a dit un jour: «Tu es un peu passé de mode» [rires]. Il a raison, et que je n’ai aucune chance d’être élu. Je pense sincèrement qu’il est trop tard pour moi. Il fut pourtant une époque où j’aurais bien aimé recevoir ce Prix, c’est quand il était représenté par un Alfred [ndr: le pingouin de Zig et Puce, d’Alain St-Ogan] parce que je le trouvais très mignon [rires]. Mais ç’aurait uniquement été pour la statuette.
La gloire est une chose qui ne m’intéresse pas. D'ailleurs, pour être tout à fait franc, j’ai même demandé, l’an dernier, à une dame de l’organisation de s’arranger pour que je ne fasse même pas partie des nominés! Je voulais exprimer mon désarroi, mais je ne peux pas empêcher les gens de proposer mon nom, hein? Bref! Je serais très embarrassé si je recevais le Grand Prix, parce que je le refuserais.

Vous le déclarez sérieusement?

Absolument. Je l’ai déjà dit jadis, et je ne suis pas du genre à revenir en arrière. Pour moi, quelque chose est cassé donc autant l’attribuer à quelqu’un qui en sera vraiment ravi.

Vous l'attriburiez à qui, vous?

À Juanjo Guarnido [ndr: dessinateur de la série Blacksad]. J’adore son dessin, je trouve qu’il le mériterait… à condition que lui accepte [rires]! Ou bien un scénariste, et ce serait Cauvin, qui est à la tête d’une œuvre impressionnante.

Quels sont vos projets?

Je passe d’un album à l’autre sans planifier trop à l’avance. Je viens de terminer un Jérémiah, qui sera publié à l’automne. Station 16 (Le Lombard) sort mi-janvier et mon fils et moi préparons un western pour l'an prochain... si je suis toujours de ce monde [rires].

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