L’un des privilèges de la photo animalière, c’est qu’on peut baptiser ses sujets. Ici, les modèles indisciplinés s’appellent «Lune», «Vic», «Cure», des guépards que le Français Grégoire Bouguereau, 55 ans, a identifiés à force de les observer. Son ouvrage Nomades de la plaine infinie couvre dix années passées en Afrique, son continent de prédilection, dix années résumées en 146 clichés. Des photos qui témoignent d’une patience aussi étendue que les espaces qu’il a parcourus, dans le Parc national du Serengheti, au Nord de la Tanzanie. Soit 14,750 km2 de plaine et de savane, aux herbes foulées par la migration des gnous, des zèbres ou des gazelles de Thompson.

En voiture, sans équipement particulier, si ce n’est un appareil photo et une puissante paire de jumelles, Grégoire Bouguereau s’est immergé au milieu de la faune sauvage. Dans les notes qui accompagnent les clichés, il témoigne de rencontres surprises, comme avec une meute de lycaons, menacés d’extinction, qu’on croyait disparus du Parc de Serengheti. Ce livre contient notamment sept photos qui ont été primées par le Wildlife Photographer of the Year, organisé par la BBC Wildlife et le musée d’histoire naturelle de Londres, et le GDT-European Wildlife Photographer of the Year, en Allemagne. Des concours qui sont à la photo animalière ce que les Golden Globes et les Oscars sont au cinéma. Des marques de reconnaissance pour un genre parfois snobé.

Comment travaillez-vous?

Photographe, c’est d’abord ma profession, mais j’ai une approche naturaliste, car je passe du temps avec les animaux et j’essaie de les comprendre. Au hasard des rencontres, on identifie les animaux, qu’on reconnaît d’une année sur l’autre. On comprend leurs habitudes sociales, puis des liens se créent.

Que préférez-vous dans leur observation?

La phase la plus intéressante, c’est quand les jeunes doivent apprendre à chasser, les découvertes et les échecs, le tâtonnement de la vie... Mon premier livre suivait des léopards pendant six ans.

Comment vous préparez-vous?

Quand on passe à répétition, et qu’on reste parfois jusqu’à six mois sur place, il y a une acclimatation qui se crée. Les animaux finissent par vous accepter. Ce sont ces moments dont j’ai le souvenir le plus intense, par exemple quand un animal a la curiosité de se rapprocher. Quand on a la sensation d’être en complète phase avec leur environnement. C’est un contact très troublant, qui illustre la fascination des espèces entre elles.

Plusieurs de vos photos ont été primées, comme celle de guépards guettant une gazelle…

Oui, on y sent la fascination des prédateurs pour leur proie. Il s’agit de quatre jeunes qui, aux alentours d’un an, font l’apprentissage de la chasse. La mère ne tue pas la proie afin que les petits puissent courir après et se familiariser avec elle. J’avais passé toute la journée avec eux, ils n’étaient pourtant pas dans une optique de chasse. Ils chassent quand c’est le plus facile, ce ne sont pas des tueurs à répétition, cela représente un effort pour eux de chasser. Ici, la jeune gazelle avait été attrapée une première fois. Une fois mise à terre, même si les gazelles se défendent bien, il y a rarement de deuxième chance.

Et la photo avec des lionceaux «complices»?

C’est une photo un peu irréelle, et trompeuse. Simplement, ils étaient en train de chahuter et se sont arrêtés dans leur mouvement, tétanisés par un bruit. Mais les félins utilisent leurs pattes avant pour s’étreindre, il y a une complicité entre eux. D’ailleurs le guépard est le seul grand félin qui ronronne. Cela ressemble au son que produit le chat mais en plus grave et plus profond car ils ont de grandes cages thoraciques.

Quelles photos préférez-vous?

Je ne sais pas, car il y a beaucoup de photos différentes. Ça peut être une action comme un instant figé, un moment unique qu’on est content d’avoir réussi à immortaliser. Ou un paysage dont la beauté est à couper le souffle.

Nomades de la plaine infinie (59 euros), disponible sur le site Viemages et sur Amazon.com.

Mots-clés :