Sebastião Salgado, un photographe à la rencontre des vestiges immaculés de la Terre

PHOTOGRAPHIE – Le photographe brésilien Sebastião Salgado explique les motivations de son travail à l’occasion de l’exposition « Genesis » qui s’ouvre ce mercredi à la Maison européenne de la photographie, à Paris…

Joel Metreau

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Afukaka, chef des Kuikuro, tribu de la région du Mato Grosso au Brésil, et le photographe Sebastião Salgado, le 24 septembre 2013, à la Maison européenne de la photographie, à Paris.

Afukaka, chef des Kuikuro, tribu de la région du Mato Grosso au Brésil, et le photographe Sebastião Salgado, le 24 septembre 2013, à la Maison européenne de la photographie, à Paris. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Après avoir conquis Londres, mais aussi Rio et Toronto où l’exposition a attiré respectivement 100 000 et 250 000 visiteurs, l’exposition «Genesis» s’installe en France jusqu’au 5 janvier 2014. Près de 245 photos impressionnantes du Brésilien Sebastião Salgado, à la Maison européenne de la photographie (Paris, 4e).  Des clichés entièrement en réalisés noir et blanc, qui reflètent la puissance des reliefs terrestres et soulignent la beauté géométrique et fantasque des paysages. Des clichés qui saisissent des peuples dans le temps de l’éternité.

Huit ans de voyages dans les «sanctuaires de la biodiversité»

«Genesis», c’est huit ans de voyages à travers la Terre, dans «les sanctuaires de la biodiversité». Soit  une trentaine de sites recensés par ce Brésilien qui a émigré avec sa femme en France en 1969, quatre ans après que son pays sombre dans la dictature. Pour ce non-croyant, «Genesis», renvoie au «début de tout», avant que l’homme imprime une marque lourde sur son environnement. Dans son oeil, des espaces vierges de toute trace d’industrialisation, îles Galápagos, péninsule glacée de Kamatchka en Sibérie, dunes ondoyantes de sable au sud de Djanet en Algérie.

Des baleines qui ont «la tendresse d’un chien»

A l’inauguration de l’exposition, ce mardi 24 septembre, Canon 5D Mark II en bandoulière et gilet de montagne Salewa flottant au dessus d’un jean’s, à 69 ans, Sebastião Salgado semble prêt à repartir, par exemple en Antarctique. L’Antarctique? Il cite un proverbe brésilien: «C’est si loin que c’est là que va le vent pour revenir.» C’est là aussi là qu’il a rencontré deux millions de manchots sur les îles Sandwich du Sud, et que son objectif a taquiné les baleines franches qui ont «la tendresse d’un chien», «tellement curieuses des hommes qu’elle approchait des bateaux». Ce qui a aussi causé leur perte.

«Avant, le seul animal que je photographiais, c’était nous»

«Genesis» marque une rupture dans le travail  du Brésilien, qui a longtemps travaillé comme photojournaliste avec les plus grandes agences Sygma, Gamma et Magnum. «Avant, le seul animal que je photographiais, c’était nous.» Mais Sebastião Salgado n’a pas pour autant renoncé à photographier les hommes, comme avec les  San du Botswsana, les Nénètses nomades de Sibérie, ou encore les Kuikuro d’Amazonie.

Le mode de vie menacé des Kuikoros

Leur chef, Afukaka, invité par Sebastião Salgado, explique comment le mode de vie de sa tribu est menacé: «Il n’y a pas que le projet de barrage de Belo Monte. En amont des rivières, des digues font baisser le niveau de l’eau, et il y a aussi tous les touristes qui font des expéditions de pêche »… Le poisson se raréfie, les Kuikoros ne mangent que des animaux à sang froid. Le chef évoque aussi les pesticides répandus par avion… Le Pantanal aussi, immense région d’Amazonie, est grignotée par l’industrie agro-alimentaire. C’est la malédiction du soja, dont le Brésil est devenu le premier producteur mondial.

«Cette folie de consommation»

L’expo «Genesis» exprime en filigrane une conscience écologique, voire une démarche politique. Lélia Salgado, sa femme depuis presque 50 ans et commissaire de l’exposition, aimerait que les visiteurs prennent conscience de la fragilité de l’environnement, mais aussi  de «cette folie de consommation, les voitures, la croissance, en vouloir toujours plus, cela contribue à la destruction de la planète.» Concrètement, le couple a fait replanter deux millions d’arbres, près de la ferme où il a habité gamin. Une expérience racontée dans son livre témoignage De ma terre à la Terre (Presses de la Renaissance, 16,90€). Aujourd’hui, il s’en félicite: «La vie est retournée, tout l’écosystème est reconstitué, les insectes, les animaux, même les jaguars sont revenus.»

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