Glen Duncan: «Le loup-garou interpelle notre morale»

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Publié le 7 avril 2013.

FANTASTIQUE - «Le dernier loup-garou» est à la fois un bon thriller et un roman fantastique teinté d'humour noir. Interview de son auteur, l’écrivain britannique Glen Duncan...

Il y a des vampires et des loups-garous dans ce livre, mais on est loin des atmosphères romantiques à la «Twilight»… Le dernier loup-garou, aux éditions Denoël, est cru, drôle et terrifiant. C’est à la fois un bon thriller et un roman fantastique teinté d’humour noir. Interview de son auteur, l’écrivain britannique Glen Duncan…

Vous avez beaucoup lu sur le loup-garou avant d’écrire ?

Je n’ai rien lu dessus. La grande tentation quand on me pose cette question c’est de répondre «oui, j’ai passé six mois à étudier les loups en Alaska» (rires). Mais pour le moi le plus intéressant, ce n’était pas les origines du mythe ou ses différentes versions dans le monde. Mais plutôt l’aspect moral. Et donc sa nature très divisée. C’est d’ailleurs ce qui me pousse à écrire. Cela dit, j’ai quand même grandi avec les films d’horreur: ceux de la Hammer dans les années 1960-1970, ceux des années 1980, comme Le Loup-garou de Londres.

Votre roman est à la fois drôle et mélancolique...

Parce que c’est une histoire triste. Si vous dites à quelqu’un, voilà le choix, soit vous tuez et mangez quelqu’un une fois par mois, soit vous mourrez. Par réflexe moral, on se dit, je me tuerai ou me laisserai mourir. Vraiment? Je n’en suis pas si sûr. La conscience humaine peut s’adapter à bien des situations.

Pourquoi vous êtes-vous intéressé à la figure du loup-garou?

Je voulais écrire de quelque chose de commercial, une histoire sans questions métaphysiques. Mais quand j’ai commencé à écrire l’histoire de ce personnage, Jake Marlowe, vieux de 200 ans, c’était reparti! Un autre roman sur l’amour, le sexe, la mort, la cruauté, le souvenir, la compassion… Des choses sur lesquels j’écris depuis toujours.  Car la condition du loup-garou interpelle notre morale, c’est un problème basique que nous avons tous, mais amplifié par le gothique. Il y a ce que nous sommes et ce que nous voulons être. Entre les deux, se trouvent les choses les plus intéressantes, comme l’amour, l’imagination, la terreur.

Le dernier loup-garou est aussi un thriller, avec une organisation secrète qui, à notre époque, veut tuer ces créatures…

J’avais en tête ce conseil de l’écrivain Raymond Chandler: «Si vous êtes coincé dans l’histoire, faites en sorte que quelqu’un entre et sorte un pistolet.» Il y a beaucoup de courts chapitres, qui se terminent sur une sorte de suspense. Mais ça ne me vient pas naturellement. Cela dit, une fois qu’on a décidé d’avoir des loups-garous et des vampires dans un roman, on peut s’amuser. J’aime bien cette réciprocité entre l’aspect contemporain et les fondamentaux gothiques. Le début du roman se déroule dans une bibliothèque, les héros boivent du scotch, la neige tombe dehors. C’est comme sorti de L’Etrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde de Stevenson. Je voulais garder cet aspect comme hommage au genre.

Le roman est aussi très sensuel, riche en odeurs, pourquoi?

Dans la littérature contemporaine, il  y a une vraie absence d’odeur. A notre époque saturée d’images, les descriptions sont souvent visuelles. Mais si vous lisez Shakespeare, ses pièces sont remplies d’odeurs, elles puent! Le corps est central dans mon œuvre. C’est le cœur de notre condition. Nous avons une capacité d’imagination, réfléchissons à l’âme et à la transcendance. Mais que ça vous plaise ou non, nous sommes faits de chair et de sang. C’est à la fois l’absurdité et le triomphe de l’être humain.

Qu’est-ce qui vous a donné le plus de plaisir dans l’écriture?

L’idée de quelqu’un qui vit depuis très longtemps. Et puis surtout l’histoire d’amour qu’il va vivre.

Le dernier-loup garou est la première partie d’une trilogie. Quels sont les thèmes du roman suivant?

La maternité, le corps, sa transformation... L’héroïne, une loup-garou, est tombée enceinte et a peur. Si elle a un enfant, va-t-elle le manger? C’est un biais gothique pour aborder une crainte qu’ont beaucoup de femmes: arriverai-je à éprouver les bons sentiments pour mon enfant?

Recueilli par Joël Métreau
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