Depeche Mode: «Pourquoi Delta Machine? Parce qu'on crée du blues électronique»

INTERVIEW Martine Gore, l'un des membres du trio Depeche Mode, parle de leur 13e album, «Delta Machine»...

Propos recueillis par par Joël Métreau

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Depeche Mode, c'est Martin Gore, Dave Gahan et Andy Fletcher.

Depeche Mode, c'est Martin Gore, Dave Gahan et Andy Fletcher. — Anton Corbijn

Pourquoi avoir appelé l’album Delta Machine?

C’est une référence au genre delta blues, originaire du Mississippi. Nous, on crée du blues électronique depuis un certain temps. Au moins depuis Violator, et même plus. On voulait que ça se reflète dans le titre de l’album [NDLR: l’album est en effet mélancolique, avec quelques guitares plaintives].

L’album s’ouvre sur Welcome to my world, qui évoque un monde débarrassé des «drama queen», des «anxiolytiques» et des «démons». Depeche Mode en paix?

C’est vrai qu’on est plus calme maintenant qu’on ne l’était avant. Mais cette chanson est écrite d’un point de vue beaucoup plus personnel.  Je me sens plus en paix dans ma vie et bien mieux dans ma peau. Juste une personne plus heureuse.

Pourquoi vous sentez-vous mieux?

Ma vie privée y est pour beaucoup, je suis dans une relation très heureuse. Ma copine est courageuse et me soutient énormément. J’ai aussi le sentiment d’avoir des rapports très épanouissants avec mes enfants. Et puis, en vieillissant, on commence à avoir une vision d’ensemble, on ne s’inquiète plus pour des choses anodines.

«Angel», «Heaven»... Les titres de chansons font encore référence à la religion. Pourquoi?

J’ai toujours été intéressé par des éléments de spiritualité. Et c’est bien d’essayer de capturer une essence de cette spiritualité dans la musique. Ça aide les gens à s’élever. D’ailleurs j’aimerais qu’à l’écoute de cet album les gens éprouvent un sentiment de paix. Mais ça ne veut pas dire que la musique est doucereuse! Il y a une sonorité agressive et âpre dans l’album. 

La production de Delta Machine paraît aussi plus minimaliste...

Oui, c’est quelque chose que nous avons essayé d’accomplir avec ce disque. Quand on s’est réunis dans mon studio à Santa Barbara, en Californie, pour se faire écouter nos chansons, le groupe, Daniel Miller et Ben Hillier le producteur aimaient les chansons que j’avais écrites, mais aussi l’approche que j’avais eues dans mes démos : plus directes, plus simples et plus minimales. C’est ce qui a donné la direction et le modèle à l’album.

L’album reflète aussi le travail du suédois Christoffer Berg, qui a travaillé avec The Knife et Fever Ray...

Il a été très important pour ce disque. Il est doué avec les synthétiseurs, a plein d’idées, c’est une personne très créative.  On cherchait vraiment quelqu’un qui soit un bricoleur, qui soit bon avec le hardware, avec les boites à rythmes. C’est difficile aujourd’hui de trouver quelqu’un qui soit bon dans tous ces domaines, y compris les logiciels. Christoffer était la personne idéale. En plus, il est très gentil. C’est important de créer en studio une bonne atmosphère de travail grâce à des gens qui s’entendent bien entre eux.

Il n’y a jamais eu de jamais de tensions ou d’échanges vifs pour cet album?

Il y a eu une époque où on a beaucoup de conflits et on a quand même réussi à sortir un album. Mais c’est tellement plus productif quand c’est calme dans le studio et que tout le monde se met à la tâche. C’est horrible quand, lorsqu’on travaille sur un album, on se réveille et on pense: «Mon Dieu, qu’est-ce qui va se passer aujourd’hui ?» C’est désagréable.

Depeche Mode sort régulièrement un album, tous les trois-quatre ans. Quand est-ce que vous savez qu’il est temps pour vous de rentrer en studio?

Après la dernière tournée, on a tous une pris une pause. J’ai reçu un e-mail inattendu de Vince Clarke [qui avait participé au premier album en 1981] qui me demandait si j’étais intéressé par collaborer avec lui à un album techno. Ce que j’ai fait pendant 6 à 9 mois, notre projet «VCMG». Pendant ce temps, Dave [Gahan] travaillait à un album avec les Soulsavers. Puis, on a chacun écrit des chansons. Quand on a eu l’impression d’avoir un bon point de départ, suffisamment de morceaux pour l’album, le groupe s’est réuni. J’aime avoir au moins 7 ou 8 chansons avant même de penser à travailler en studio avec le groupe.

La ballade que vous chantez en solo sur Delta Machine, s’appelle The Child inside [l’enfant à l'intérieur]. Mais c’est plutôt un ado qui est en vous?

Définitivement! Je n’ai pas grandi depuis mes 18 ans (rires). Travaillant dans la musique, on vieillit moins vite, ça conserve la jeunesse.

En électro, vous aimez quels artistes aujourd’hui?

Il y en a tellement. J’aime beaucoup Alva Noto et Byetone, qui ont travaillé ensemble pour former Diamond Version.

Et le hip-hop-rnb, non? Vous avez travaillé avec l’artiste Frank Ocean...

Depeche Mode était en studio après avoir fini l’album, on faisait des chansons pour le disque bonus. Frank Ocean était dans le studio en dessous. Il a demandé s’il pouvait venir écouter. Il est venu pendant qu’on enregistrait et nous a demandé si on voulait bien travailler sur une chanson qu’il avait écrite. Il a donc joué ce morceau que je trouvais incroyable. Christoffer Berg et moi on a travaillé dessus et on lui a renvoyé. Apparemment, il a trouvé ça génial.

Votre nom Depeche Mode provient d’un magazine français. Quels rapports entretenez-vous avec la France?

On s’est toujours senti proches de la France. On est beaucoup venus dans ce pays, on s’entendait bien avec ceux qui dirigeaient notre label, Mute France, on s’y est toujours bien amusés. Et les Français nous ont toujours soutenus, on a beaucoup de fans dans ce pays. C’est toujours un plaisir d’y venir. Je me rappelle notamment d’un concert à Carcassonne, lors de la dernière tournée, je n’y étais jamais allé.

A propos de tournée, vous allez faire une cinquante de dates dans le monde. Fébrile?

Oui, on l’attend avec impatience. Cela fait longtemps. Et ça sera bien de sortir de cet emploi du temps très chargé à cause de la promo!

Le clip de Heaven, le premier single extrait de l'album:

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