La Une de Paris Match de ce jeudi 7 février 2013. 
La Une de Paris Match de ce jeudi 7 février 2013.  - Paris Match

Annabelle Laurent

Ce serait presque décevant. Gustave Courbet n’aurait eu ni l’intention ni l’audace de peindre uniquement un sexe de femme. Il aurait peint le corps en entier, avant d’en découper une partie et de n’en vendre en 1866 que le bas au diplomate turc Khalil-Bey, «craignant que sa toile suscite un scandale» si l’on reconnaissait le visage de la femme: un comble! C’est en tout cas ce qu’affirme ce jeudi Paris Match, qui se targue d’une «exclu mondiale» fondée sur le récit d’un amateur d’art propriétaire de ce qui serait la partie haute du tableau.

En janvier 2010, celui-ci acquiert, pour 1.400 euros chez un antiquaire, une peinture d'une femme couchée, le visage à la renverse et la bouche entrouverte. La toile passe entre les mains d’experts, parmi lesquels Jean-Jacques Fernier, de l'Institut Gustave-Courbet, qui procède à une analyse du tableau avec le concours du Centre d'analyses et de recherche en art et archéologie. Selon lui, aucun doute: «Radiographies, rayons X, spectrométrie infrarouge, chromatographies (…): Les pigments, la couche brune des contours, le tissu de la toile de lin, composé de 14 × 15 fils au centimètre carré, l'écartement des poils du pinceau, la longueur des coups de brosse... tout correspond point par point», relate Paris Match.

«De l’art spectacle»

Interrogé par 20 Minutes, Michel Hilaire, directeur du musée Fabre de Montpellier et commissaire de l’exposition «Gustave Courbet» en 2008, invite à la «plus grande prudence». «Je n’ai vu pour l’instant qu’une reproduction de l’œuvre, mais elle ne me semble d’emblée pas très belle, et pas très raccord avec l’autre partie. Il faudrait qu’on ait les résultats des examens de laboratoire de l’Origine du monde elle-même: a-t-elle été coupée?», s’interroge l’historien d’art.

La femme représentée serait la maîtresse de l'artiste James Whistler, Joanna Hiffernan, une Irlandaise avec qui Gustave Courbet avait eu une aventure. «Courbet connaissait en effet Joanna Hiffernan, il l’a peinte, il la connaissait très bien et était fasciné par sa beauté», concède Michel Hilaire, qui ajoute cependant «ne pas l’avoir reconnue» sur la production. Sans compter la façon dont est relayée l’information. «C’est étrange que ça sorte dans la presse… Ca ressemble à de l’art-spectacle pur et simple», s’exclame Michel Hilaire en évoquant l’histoire du Caravage, qui s’était finalement dégonflée cet été. Le directeur du musée Fabre s’étonne par ailleurs que Jean-Jacques Fernier, «une autorité, bien sûr, puisqu’il est l’auteur du catalogue raisonné», n’ait pas davantage «consulté la communauté scientifique», et qu’il «n’y ait pas consensus au Musée d’Orsay». Lequel musée ne donne pas de position officielle «puisqu’il s’agit d’une œuvre privée», nous répond-on.

Un scandale tardif

Initié par Paris Match, le débat s’ajoute donc à la réputation de cette œuvre déjà connue pour être un scandale majeur de l’histoire de l’art. Un scandale récent, puisqu’après un siècle de clandestinité, le tableau n’est réapparu qu’en 1994, un an avant son entrée à Orsay, quand des descentes avaient eu lieu dans des librairies exhibant en vitrine un roman, Adorations perpétuelles, qui l’avait choisi comme couverture. Seize ans plus tard, en 2011, c’est sur Facebook que ressurgissait le scandale, après la suspension du compte d’un utilisateur qui avait osé diffuser un visuel du tableau sur son profil…