Le porno, un milieu professionnel comme un autre?

19 contributions
Publié le 7 février 2013.

CINEMA - Après la parution du livre de sociologie «Le travail pornographique », des professionnels du X réagissent…

Le porno, un travail comme un autre? Qu’on soit réalisateur, acteur, ou producteur, il s’agit ni plus ni moins de «produire des supports masturbatoires efficaces», relève Mathieu Trachman. Ce sociologue vient de publier une enquête, Le travail pornographique (La Découverte), à base d’entretiens et d’observations. 91% des Français déclarent avoir déjà regardé un film X, des extraits ou en intégralité selon une étude Ifop d’octobre 2012, mais connaissent-ils vraiment, le métier de hardeur?

«Le plaisir, ça dépend du contexte»

Et si pour 48% de ces spectateurs, le porno est «une source de divertissement», de l’autre côté de l’écran, on ne siffle pas forcément en travaillant. Le réalisateur Hervé de Bodilis nuance: sur une scène, «porno et plaisir, c’est compatible, affirme-t-il. Et les actrices doivent prendre plaisir à être sur la séance. Donc il faut créer les conditions sur le plateau.» Plus agréable de tourner dans un hôtel des Seychelles qu’en extérieur en hiver ou sur un vieux canapé avec carrelage fêlé au sol… Mais pour l’actrice Anna Polina, «on ne peut pas faire de généralités. Certaines femmes font du porno par nécessité, d’autres parce qu’elles aiment, tout dépend du contexte, du réalisateur, du temps de la scène: quarante-cinq minutes au chaud avec un acteur qu’on apprécie, c’est agréable…»

«Un bon acteur porno, une bonne mécanique»

Autre particularité de ce milieu professionnel, c’est l’un des seuls où les femmes gagnent davantage que les hommes. «Dans un film hétéro nous on est des outils pour les mettre en valeur, estime le réalisateur-acteur HPG. Ce sont les filles que les mecs veulent voir. Un bon acteur porno doit être une bonne mécanique.» Du coup, dans le porno hétéro, peu d’acteurs stars. Pour un Rocco Siffredi, combien d’anonymes?

En contre-point, les carrières des actrices sont beaucoup plus éphémères. «En tant que femme, on commence entre 18 et 22 ans, une carrière qui peut être passionnante mais bouleverse la vie familiale, raconte l’actrice Anna Polina. En Europe, au bout de 5 ans, le business se sera lassé de nous.» Pourquoi? «Pour des raisons esthétiques. C’est comme pour un mannequin qui a une durée de vie assez courte,  assène le producteur Grégory Dorcel. Les actrices travaillent beaucoup plus que les hommes. Elles gagnent plus et plus vite.» Dans son livre, Mathieu Trachman révèle les salaires de ceux qu’il a interrogés: pour un acteur, de 100 à 300 euros pour une scène, pour une actrice, c’est entre 150 et 600 euros, «voire plus».

«Un impact physique et moral»

Rares sont celles qui parviennent à vendre leur image plus que leur sexualité afin de devenir des marques et gérer plus facilement leur carrière. C’est compliqué. «Les filles qui ont le plus marqué le porno ne sont pas forcément celles qui ont fait le plus de scènes. Clara Morgane a juste fait trois scènes, des filles qui en ont fait 100 n’ont pas le quart de sa notoriété», remarque Hervé Bodilis.  Pour les actrices stars, les conditions de travail sont plus faciles.

«C’est la différence entre Catherine Deneuve et une actrice de "Plus belle la vie", compare Grégory Dorcel. Au bout de dix ans de "Plus belle la vie", tu es plus usée. Forcément le rythme n’est pas le même. Ce n’est pas rien leur job, il a forcément un impact physique et moral.» Une usure, une fatigue? Pas forcément: «Je ne suis pas usé et suffisamment intelligent pour me contenter d’une certaine simplicité dans mes fantasmes, témoigne HPG. La lassitude ne m’a pas atteint. Mais je bosse pour moi, donc je choisis mes partenaires.» Mais il en convient, le milieu a été rendu plus précaire, notamment en raison d’«un esprit zapping instauré par Internet».

Le micro-marché de l’hyper-niche

«Les gens sur Internet ont des accès très ciblés à leurs envies du moment. Il faut donc cibler leurs désirs. Tu vas sur un site, il y a une centaine de thématiques. Je travaille avec les plates-formes, on sait au clic près ce qui se vend.» Désormais le spectateur a l’embarras du choix, papillonne… Grégory Dorcel explique: «Internet pousse les petits producteurs à faire de l’hyper niche pour être plus importants sur un micro-marché. Mais vous savez, les fantasmes des spectateurs sont parfois assez décevants…»

Joël Métreau
Newsletter
POP

En fin de journée, faites
le tour de l'actu POP : culture, people, médias

publicité
publicité
publicité

Top 5 des vidéos partagées
publicité
Les dernières contributions

Chargement des contributions en cours

Réagissez à cet article
Vous souhaitez contribuer ? Inscrivez- vous, ou .
Confirmer l'alerte de commentaire
Annuler
publicité
publicité
Se connecter avec Facebook
S'identifier sur 20minutes.fr