BILAN – Pourquoi cette Coupe du monde de rugby a été fort irritante…
Voilààààà… c’est fini. Après un mois et demi de compétition, la Coupe du monde de rugby a baissé le rideau samedi soir, avec la victoire de l’Afrique du Sud sur l’Angleterre. Outre le résultat final, l’épreuve laissera un souvenir ambigu, entre organisation impeccable et confirmation de l’existence du rugby bizness. Pareil côté jeu, où les enseignements sont mêlés de perte de jeu et de révélations réjouissantes. Enfin le XV de France à domicile aura lui aussi rendu une copie mi-chèvre mi-chou.
Tour d’horizon subjectif des déceptions de ce Mondial 2007.
L’omniprésence de l’argent
On sait que c’est l’évolution logique du sport et que ça va de pair avec le professionnalisme, mais ce Mondial laissera tout de même la drôle d’impression d’avoir été pris pour une vache à lait par l’IRB. Un exemple: le prix moyen débourser pour aller au stade, en plus du billet d’entrée. Une bière à 7 euros, une barquette de frite à 5, un programme du match à 10, tout comme une petite radio pour écouter les commentaires en direct et les décisions de l’arbitre… Sans compter l’arrêt aux boutiques pour acheter un maillot (76 euros) ou une écharpe (15 euros)…
Certains comportements du public
On a assisté à la confirmation d’une tendance lourde et pénible de ces dernières années: désormais, on siffle au rugby. L’arbitre, l’adversaire (offrir une bronca à Pichot pour sa dernière sortie de terrain…), les buteurs. Ajouté à d’autres attitudes du public (la Marseillaise pendant le coup d’envoi d’un Ecosse-Argentine), ou de l’organisation (les horripilantes et assourdissantes musiques qui rythment les points marqués) ont parfois transformé les rencontres en match de NBA. Si la popularisation du rugby est un plus indéniable, le show à tout prix a-t-il un sens ? Est-il nécessaire d’aller si loin pour promouvoir un jeu basé sur des valeurs de respect et de simplicité?
L’attitude de l’IRB et de TF1
Les questions des droits à l’image ont failli plomber le début de la compétition, celle des droits télé a flingué la phase de poules. Vous avez été très nombreux sur 20minutes.fr à dénoncer la «privatisation» du rugby par TF1, et sa filiale Eurosport. 28 des 40 matchs de poule n’ont ainsi pu être vu par les téléspectateurs lambda, la première chaîne s’octroyant les matchs des grosses équipes (trois par semaine). Résultat, presque personne n’aura vu le plus beau match de la compétition, Fidji-Pays de Galles. Enfin, les
rodomontades de TF1 et de l'IRB (car on n'a toujours pas compris qui était le coupable...) lors de la demi-finale, interdisant aux communes «non agrées» de diffuser le match sur grand écran, à des fins de record d’audience ont été mal perçues ceux qui voulaient faire du Mondial une grande fête populaire.
Un calendrier déséquilibré
Selon que vous soyez puissants ou misérables… La majorité des petites équipes ont quasiment toutes été contraintes de rejouer quatre jours après un match, alors que les grosses écuries avaient une programmation respectable. Même l’Argentine a subi cet affront. Pas l’Angleterre, ni l’Australie, ni la Nouvelle-Zélande, encore moins le pays organisateur.
Le refus de jouer en phases finales
L’entraîneur sud-africain Jack White a bien résumé ce qu’est devenu le rugby moderne tous les quatre ans: «On a su marquer des essais et produire du jeu en poules, puis se reconcentrer sur la défense et le réalisme en phases finales. C’est comme ça qu’on gagne un Coupe du monde aujourd’hui». Le rugby est devenu un sport défensif où les grandes envolées au large ne paient plus. Durant les phases finales, trois équipes ont tenté de montrer que ce jeu d’arrières avaient encore un sens pour gagner les matchs décisifs (les Blacks et les Fidjiens en quart, les Argentins en demi). Et ces trois équipes ont été battues à chaque fois par le réalisme et l’opportunisme adverse…
Les polémiques autour de l’arbitrage
Dans la continuité des écarts de comportement, l’hostilité grandissante envers les juges suprêmes semble avoir emprunté de biens mauvais réflexes au football. Contestations permanentes des entraîneurs après quasiment chaque match (une palme pour Jo Maso et les «trois essais refusés» pour expliquer la déroute tricolore lors du match de la troisième place), menaces de mort des supporters néo-zélandais envers après le quart contre la France…
Tout le monde, l’IRB compris, a décidé de nier une des règles fondamentales du jeu: on ne critique pas l’arbitre, sauf à décider que l’erreur humaine ne fait plus partie du jeu.
Les règles en question
Toutefois, il y a lieu de s’interroger sur un rafraîchissement de certaines lois régissant le jeu. Au premier rang desquelles celles qui entourent les regroupements, de plus en plus «pourris» par des entrées sur le côté ou des plongeons sur le ballon. Certains s’interrogent également sur un drop à deux points. D’autres sur l’utilisation de la vidéo dans les cinq derniers mètres.
La performance du XV de France
Trois défaites en sept matchs . Ce bilan, le pire de la France en Coupe du monde, pourrait être catastrophique pour un pays organisateur. Sans un exploit face aux All Blacks, la France aurait réellement gâché son Mondial. Plus inquiétant encore pour l’avenir, les Bleus ont semblé paralysés à chaque match devant leur public parisien (sauf contre l’Irlande), ce qui pose un vrai problème de communion entre joueurs et supporters. Plus fondamentalement, c’est l’absence d’ambition dans le jeu. Le «tout pour la défense» prôné par les entraîneurs tricolores n’a pas suffi à contrebalancer les préceptes fondateurs du rugby champagne et du french flair. Autre raisonnement écorné, celui «on gagne à trente», laissé aux vestiaires contre l’Angleterre.
Les attitudes autour du XV de France
Le sentiment d’un événement instrumentalisé laisse un goût étrange dans la bouche d’amateurs d’un rugby hostile au mélange des genres. De la lettre de Guy Môquet lue aux joueurs avant le match d’ouverture jusqu’à l’absence du président Sarkozy lors de la remise de la médaille de Bronze (alors qu’il était prévu protocolairement que ce soit lui qu’y s’y colle, sauf que les Français ont perdu), en passant par l’agenda du sélectionneur perturbé par ses occupations ministérielles en milieu de préparation… Il est à espérer que la nomination de nouveau(x) sélectionneur(s) remette de l’ordre dans tout ça. Et que l’on se concentre sur le système de jeu davantage que sur les effets de manche.
Stéphane Alliès