APRES MATCH – Les entraîneurs et capitaines des finalistes reviennent sur le match…
Entre gentlemen. La dernière conférence de presse d’après match de cette coupe du monde 2007 a été à l’image de ses deux finalistes. Tout en retenue et en intelligence. Loin des emportements d’un Ibanez, des envolées lyriques d’un Laporte ou des rodomontades d’un Pichot la veille, les entraîneurs et capitaines anglais et sud-africains se sont livrés à un décryptage tactique de cet ultime match. Sûrement pas le plus beau de l’épreuve, mais l’un des plus intenses.
La leçon de rugby de Jack White
Héros de la soirée, Jack White a assumé le jeu attentiste de ses Springboks. «On a su marquer des essais et produire du jeu en poules, puis se reconcentrer sur la défense et le réalisme en phases finales. C’est comme ça qu’on gagne un Coupe du monde aujourd’hui. Pour moi, le match est simple: on a été sanctionné cinq fois seulement en 80 minutes.» L’entraîneur longtemps décrié tient sa revanche et défend son système de jeu avec simplicité: «Avoir une défense excellente permet d’éviter la panique. Et donc d’être maître du jeu. Ensuite, nous avions beaucoup misé sur notre alignement en touche. Tenter de contrer chaque lancer anglais nous a permit de les empêcher de former leurs mauls destructeurs. Et puis, prendre les points le plus vite possible, pour que ce soit eux qui courent après le score. Enfin, on a su ralentir le jeu et le contrôler. Ca s’est tellement bien passé que je n’ai fait qu’un remplacement, en prévision d’une prolongation. Mais je ne m’en suis vraiment aperçu qu’à la 70e minute. Quand j’ai vu que cinq anglais était rentré en jeu.». Peu avant à la même table, Brian Ashton et Phil Vickery ne disaient finalement pas autre chose.
«Ils ont réussi à être plus frais que nous»
Le coach du XV de la Rose a reconnu la supériorité de l’adversaire, sans toutefois remettre en cause ses options tactiques. «Je pense que la stratégie que nous avions choisie était la bonne ce soir. On a d’ailleurs eu des opportunités, mais on ne les a pas concrétisées. Mais nous avons eu beaucoup de problème dans la zone des 40m.» Le capitaine anglais a expliqué cette insuffisance par un surcroît de fatigue. «On a vécu une dernière semaine difficile, où le kiné n’a pas chômé après notre match âpre contre la France. Cela n’enlève rien aux Sud-Africains, car ils ont réussi à être plus frais que nous. On a quand même trois blessés ce soir (Robinson, Catt et Worsley). Globalement, on a pas assez été minutieux («clinical», terme si anglais…) dans nos mouvements». Pour autant, Ashton s’est voulu optimiste pour l’avenir du rugby anglais, avec «cette nouvelle génération de joueurs qui arrive et certains vieux qui ne le sont pas tant que ça». Beaucoup pus que sur son avenir personnel: «Mon contrat se termine le 31. Je ne connais rien de mon futur, à part les bières que je vais boire ce soir avec mes joueurs».
«Notre équipe n’a qu’une couleur»
Pour Jack White et John Smit, le capitaine des Boks, l’avenir se conjugue au futur proche et prend des airs de leçon d’histoire, petite et grande. Petite, quand le nouveau talonneur de Clermont-Ferrand a rappelé l’ascension des siens dans cette Coupe du monde: «Il y a eu deux tournants pour nous. Le match contre les Tonga en poule (30-25), car on a compris ce qu’il fallait ne pas faire pour être éliminé. Puis le match contre les Fidji en quart (37-20), où, à 20 minutes de la fin, on est à égalité et on arrive à se remobiliser pour gagner le match uniquement avec nos avants.»
Grande histoire, quand White souffle: «on a réussi à être à la hauteur de nos responsabilités et des espoirs de notre peuple. Je n’ai qu’une envie maintenant, c’est de revenir au pays pour revivre l’ambiance de 1995». Mais les choses ont-elles évoluées depuis?
Quand il faut causer mixité ethnique et rugbystique, alors que les débats autour des quotas de joueurs noirs sont vifs en pays springbok, John Smit assure que «depuis 95, l’Afrique du Sud a fait beaucoup de progrès en ce sens. Toute la population va fêter la victoire. Il n’y a qu’une couleur dans cette équipe, celle de notre démocratie toute récente.»
Stéphane Alliès