L'Afrique du Sud laisse la politique au vestiaire

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Publié le 18 octobre 2007.

REPORTAGE - AU Cap, l'engouement autour du Mondial fait relativement évoluer les mentalités post-apartheid...

«Madiba avec les Boks, dans l’esprit et en DVD»: la vidéo que doit adresser l’ex-président Mandela à «ses chers Springboks» occupe la Une du Cape Times, au Cap, deux jours avant la finale. En début de semaine, l’équipe en appelait dejà à «la Magie de Madiba» (le surnom de Mandela) dans quasiment toute la presse. Une invocation sincère, sans aucun doute. Mais aussi nécessaire pour faire taire, encore quelques jours, les polémiques toujours vives liées à la composition «raciale» des Springboks.

Dans la nouvelle Afrique du Sud, tout est sujet a débat politique. Et le rugby plus que les autres sports, car symbole du régime honni de l’Apartheid. Six joueurs «non blancs» alignés en France, dont deux seulement sur le terrain samedi – Habana et JP Pietersen: trop peu aux yeux des détracteurs du coach Jake White et pourfendeurs d’un pack toujours peu représentatif de la Rainbow nation. Le rugby resterait «un sport de Blancs» dans un pays ou vivent 40 millions de Noirs ? Oui et non.

Le pour et le contre

Non parce que les initiatives sont nombreuses dans les communautés noires : initiation au rugby dans les écoles des townships, lancement d’écoles de rugby a Soweto, zooms sur les parcours des Habana ou Chester Williams... «52 % des supporters des clubs sont noirs», résume David De Jong, president de l’Union sud-africaine des supporters de rugby.

Oui parce que les freins hérités de l’Apartheid sont encore puissants : point de terrains de rugby dans les écoles où les élèves sont majoritairement noirs, un enseignement quasi systématique dans les «public schools», où les Blancs sont nombreux et dont sortent la plupart des 600 professionnels sud-africains...

«Prétendre que les noirs ne s’intéressent pas au rugby, c’est faux, se désole Brian, manager d’un «Sport Cafe» qui fera le plein, a coup sûr, ce samedi: sous l’Apartheid, des fédérations «coloured» et «bantoues» existaient... Mais les «non Blancs» ont difficilement accès à l’élite, c’est sûr. »

«L’air du temps»


Les politiques se mêlent forcément au débat. Bientôt plus de Blacks chez les Boks ? Sans doute. Mais alors que les 450.000 licenciés ont besoin de moyens, on leur parle de discrimination positive. L’évocation de quotas de «non Blancs» au sein des Springboks dès 2008 ne fait pas sourciller Zola Yeye, le manager de l’équipe : «C’est dans l’air du temps.» C’est même sur le bureau du ministre des Sports, qui attend vraisemblablement la fin de la Coupe du monde pour annoncer des directives censées, selon l’amendement l’y autorisant, «redresser les inégalites dans le sport en optimisant la participation des communautés autrefois desavantagées».

La fédération a par ailleurs déjà inclus dans ses statuts une «charte de la tranformation» promouvant «l’égalité raciale à tous les niveaux», le changement de noms des Springboks – trop connoté – en «Protéas» est évoqué, la nomination d’un entraîneur noir ou métis promise.

L'indispensable soutien de Mandela

«Tout cela est ridicule, coupe John Gallard, conservateur du musée du rugby et guide officiel du Newland Stadium, l’antre des Boks. Même les Noirs ne veulent pas de quotas: on ne peut pas tout résoudre de cette manière. C’est pour cette raison que le soutien de Mandela est indispensable: il est l’un des rares à n’avoir jamais prononcé le mot d’Apartheid... Il va de l’avant.» A quelques mètres trône fièrement une réplique de la Webb Elis Cup. Celle symboliquement remise, en 1995, par «Madiba» à Francois Pienaar devant un monde ébloui par les promesses et le champ des possibles alors ouvert...

«Laissez la politique au vestiaire», avait imploré le president Mbeki en début de Mondial. Si toute l’Afrique du Sud chante ce samedi soir aussi fort qu’en 1995, si les Boks sont champions du monde, ce sera sans doute parce qu’il a été écouté. Du moins par trente joueurs, le temps d’un Mondial.
Antoine Gazeau, au Cap
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