Oscars: Mahershala Ali devient le premier acteur musulman à recevoir la précieuse statuette

CINEMA Il incarne un trafiquant de drogue au grand cœur dans « Moonlight »...

M.C. avec AFP

— 

Mahershala Ali reçoit l'Oscar du meilleur second rôle masculin, le 26 février 2017.

Mahershala Ali reçoit l'Oscar du meilleur second rôle masculin, le 26 février 2017. — Mark RALSTON / AFP

Il a été révélé au grand public avec son rôle de Remy Danton, le chef de cabinet de la Maison Blanche dans House of Cards sur NetflixMahershala Ali a décroché dimanche l’Oscar du meilleur second rôle pour son interprétation d’un trafiquant de drogue au grand cœur dans Moonlight, et devient le premier acteur musulman à recevoir cette prestigieuse statuette.

« Je veux remercier mes professeurs, tant d’excellents professeurs et une chose qu’ils n’ont pas arrêté de me dire constamment (…): ce n’est pas à propos de toi. C’est à propos des personnages. Tu es un serviteur, tu es au service de ces histoires et de ces personnages et j’ai vraiment de la chance d’avoir eu cette opportunité », a-t-il déclaré en venant recevoir son prix.

>> Suivre la cérémonie en direct

L’acteur caméléon de 43 ans n’a pas manqué de remercier le reste des acteurs jouant à ses côtés dans Moonlight, et sa femme, qui a accouché d’une petite fille mercredi et l’a soutenu tout au long de la saison des récompenses alors qu’elle en était à son troisième trimestre de grossesse.

« J’espère que je n’ai pas été nommé parce que je suis noir »

Dans le film, réalisé par Barry Jenkins, Mahershala Ali incarne Juan, dealer cubain qui se prend d’affection pour un petit garçon maltraité par sa mère droguée… et découvre qu’elle est l’une de ses clientes. L’acteur avait déclaré en recevant un prix du syndicat des acteurs d’Hollywood (SAG) le mois dernier que Moonlight illustrait « ce qui se passe lorsqu’on persécute les gens : ils se replient sur eux-mêmes ».

Après deux années de vives polémiques à cause d’une sélection d’acteurs entièrement blancs aux Oscars, Ali fait partie du record de six acteurs noirs qui étaient finalistes cette année. Apprenant sa sélection, il avait déclaré : « J’espère que je n’ai pas été nommé parce que je suis noir » mais « pour mon travail ».

Premiers pas sur grand écran dans « L’étrange histoire de Benjamin Button »

Né à Oakland, près de San Francisco en Californie, d’une mère ministre protestante et d’un père acteur, Mahershala (diminutif de Mahershalahashbaz) Gilmore a pris pour nom de famille Ali lorsqu’il s’est converti à l’islam en 1999. Il fait ses débuts dans des séries télévisées policières comme New York Police Blues, Les experts, FBI : opérations secrètes, entre autres.

Ses premiers pas sur grand écran dans le film de David Fincher L’étrange histoire de Benjamin Button, le font rentrer dans la cour des grands : il donne la réplique à Brad Pitt et Cate Blanchett. Il enchaîne en détective aux côtés d’Harrison Ford dans Droit de passage (2009), puis le film de science-fiction Predators (2010) avant The place beyond the pines (2013), où il incarne le rival de Ryan Gosling pour les beaux yeux d’Eva Mendes.

Outre House of Cards, Ali est à l’affiche de la saga post-apocalyptique The Hunger Games, avant de jouer dans la série de Netflix sur un super-héro noir, Luke Cage, diffusée l’an dernier. 2016 voit sa carrière accélérer : en plus des Figures de l’ombre et Moonlight, il est au générique de Free state of Jones, en esclave fugitif face à Matthew McConaughey.

« Les musulmans vont ressentir qu’il y a une nouvelle discrimination »

Face à la controverse générée par le décret migratoire du président américain Donald Trump, qui prévoyait l’interdiction d’entrée aux Etats-Unis aux ressortissants de sept pays musulmans avant d’être suspendu par les tribunaux, Ali a parlé des discriminations qu’il a subies.

« J’ai été interpellé en voiture, on m’a demandé où était mon arme, si j’étais un maquereau, ma voiture a été démontée. Les musulmans vont ressentir qu’il y a cette nouvelle discrimination qu’ils n’avaient pas ressentie avant, mais ce n’est rien de nouveau pour nous ».

Peu après l’annonce du triomphe de Mahershala Ali, un ancien dirigeant de l’organisation raciste américaine Ku Klux Klan, qui a par ailleurs apporté son soutien à Marine Le Pen pour la présidentielle française, a dénoncé sur Twitter la posture bien pensante des Oscars :