Le réalisateur Johnnie To au festival du film de Venise en 2011. 
Le réalisateur Johnnie To au festival du film de Venise en 2011.  - Joel Ryan/AP/SIPA

Propos recueillis par Caroline Vié

Johnnie To est l’un des réalisateurs les plus appréciés du cinéma de Hong Kong. Après avoir dirigé Johnny Hallyday dans Vengeance (2009), le maître revient avec La vie sans principe, qui plonge en apnée dans la crise financière et les dégâts qu’elle a causés. Venu animer une «master class» au Festival de Paris, il a parlé de cette œuvre atypique à 20 Minutes.

Pourquoi avez-vous choisi ce sujet?

Parce qu’il est universel. Tout le monde, partout, a été frappé par la crise. Je trouvais intéressant de montrer ses effets sur différentes couches de la population, y compris les gangsters, qui me semblent très représentatifs parce qu’ils font partie d’une communauté très codifiée.

C’est pour cela que vous leur consacrez si souvent des films?

Absolument. Quand on regarde un groupe de mafieux, on peut identifier toutes les couches de la société, mais là j’avais aussi envie de montrer d’autres gens.

Vous avez pourtant construit votre film comme un thriller…

Je l’ai plutôt pensé comme une fable philosophique et comme un suspense financier. J’aimerais que les spectateurs en sortent en s’interrogeant sur leur vie et leur façon d’agir face à l’argent.

Pourquoi êtes-vous si peu tendre avec vos concitoyens?

C’est vrai que je ne les montre pas sous un jour reluisant! Pourtant, j’estime avoir été très réaliste. J’irais même plus loin en affirmant que leurs comportements sont humains. Mon film aurait pu se passer n’importe où. L’argent et les dommages qu’il produit n’ont pas de nationalité.

Pourquoi avoir choisi d’enrichir vos personnages les plus purs à la fin du film?

Je ne considère pas cela comme un dénouement heureux! Dès qu’ils ont de l’argent, ils sont perdus parce qu’ils entrent dans une spirale infernale qui les conduit à en vouloir toujours davantage. Les sous, ça pourrit tout!

Vous n’avez pourtant pas fait vœu de pauvreté…

C’est vrai, mais je suis comme tout le monde, je dois me surveiller pour ne pas devenir trop cupide. Il serait si simple de céder à la facilité du profit. Je n’ai pas envie de mener la «vie sans principe» qui donne son titre à mon film. Sans principe, on n’est pas vraiment meilleurs que des animaux.

Voir la bande-annonce du film La vie sans principe: