Image du film Blanche-Neige et le Chasseur, en salles mercredi 13 juin 2012. 
Image du film Blanche-Neige et le Chasseur, en salles mercredi 13 juin 2012.  - © Universal Pictures International France

Annabelle Laurent

Le président des studios Universal a dû être plutôt surpris en ouvrant son courrier. Une lettre signée par l’association Little People of America, qui agit en faveur des droits des nains, lui a été adressée pour lui signaler ce qui est un scandale à ses yeux: la production de «Blanche-Neige et le chasseur» n’a embauché aucune personne de petite taille pour incarner les Sept Nains. Prof, Grincheux, Simplet, Atchoum, Timide, Dormeur, et Joyeux sont tous des acteurs de taille normale dont l’aspect physique a été informatiquement modifié.

«Nous pensons que l'industrie du divertissement devrait caster des personnes de petite taille à la fois pour jouer des personnages nés ainsi, et pour incarner d’autres rôles qu’elles pourraient également interpréter», s'insurge l’association, qui annonce qu’une manifestation aura lieu devant les studios. Warwick Davis, un acteur britannique qui a joué entre autres dans Harry Potter (et cofondé une agence spécialisée dans les acteurs de moins d’1m50) a renchéri, estimant que c’était «inexcusable», étant donné «les nombreux talents qui existent parmi les acteurs de petite taille».

«Ils devraient pas se plaindre qu’on les appelle pas»

Inexcusable, vraiment? «Ca me laisse pantois. Ca me semble même un peu absurde» déclare Laurent Brechet, comédien français de petite taille surtout actif sur les planches. «S’ils ont peur de perdre leur boulot, qu’ils se mettent à faire des films et à les écrire!» lance-t-il provocateur avant de rappeler qu’un des tout premiers films de l’histoire du cinéma, Naissance d’une nation de Griffith mettait déjà en scène un blanc qui se grimait en noir. «Les noirs ne se sont pas révoltés pour autant!»

Pour le comédien, ces rôles considérés par l’association américaine comme la chasse gardée des nains entretiennent au contraire un cliché dont il faut s’écarter: «Il y en a un peu marre de toujours faire Blanche Neige et les Sept nains! Ils ne devraient pas se plaindre qu’on ne les appelle pas. Il faut passer à autre chose que l’imagerie traditionnelle des contes de Grimm ou de Perrault.»

Des rôles très clichés

Il est vrai qu’il est rare de croiser des personnes de petite taille sur grand écran quand il ne s’agit pas de films fantastiques ou de science-fiction (Le Seigneur des Anneaux, Harry Potter, Star Wars…), voire de comédies dans la veine d’Austin Powers.

Laurent Brechet a t-il déjà refusé un rôle qu’il estimait trop cliché? «Ca m’est arrivé oui. J’accepte tant qu’il y a une volonté artistique. Si c’est uniquement du voyeurisme, si le propos est creux, je refuse», explique le comédien qui décline en tout cas «systématiquement toute chose de type évènementiel» parce qu’il n’a «pas envie de faire la marionnette».

Son dernier rôle est celui d’un «bonimenteur un peu espiègle» dans L’Explication des oiseaux, une pièce de théâtre qui sera présentée au festival d’Avignon. «Il y a bien sûr une connotation, le metteur en scène voulait un personnage de bateleur. Je sais bien qu’on est choisi pour donner quelque chose de visuellement important. Je sais aussi que dès que je mets le pied sur scène, le public se dit ‘’Voilà un nain’’. L’enjeu c’est de montrer qu’on est un comédien et de surcroît de petite taille.»

Une mission parfaitement réussie par son «modèle» l’acteur anglais Peter Dinklage, vainqueur d’un Emmy Award  et d’un Golden Globe pour son rôle dans «Game of Thrones»: «Il est formidable. Il joue pas le nain de service.»