Hiam Abbas, Jean-Paul Gaultier, Emmanuelle Devos et Nanni Moretti, tous membres du jury du 65e Festival de Cannes. 
Hiam Abbas, Jean-Paul Gaultier, Emmanuelle Devos et Nanni Moretti, tous membres du jury du 65e Festival de Cannes.  - JOEL RYAN/AP/SIPA

Stéphane Leblanc

De notre envoyé spécial à Cannes 

«Aucun prix n’a été décerné à l’unanimité», lance d’emblée Nanni Moretti au moment de justifier le palmarès de son jury devant la presse, à l’issue de la cérémonie. «Chacun d’entre nous, individuellement, assume nos choix pris collectivement », a ajouté le réalisateur italien en expliquant avoir fait un énorme effort pour rester impartial et faire en sorte que toutes les sensibilités se soient exprimées.

Même s’il n’a pas eu le temps de se justifier à ce sujet, on se doute que lui revient la responsabilité du Grand Prix, attribué au médiocre Reality, de son compatriote Matteo Garrone. Et à d’autres membres de son jury, l’idée d’accorder à Ken Loach le (petit) prix du jury pour La Part des anges, sa jolie comédie en mode (très) mineur.

Des réalisateurs trop «amoureux de leur style»?

«A titre personnel, j’ai remarqué que beaucoup de réalisateurs étaient plus amoureux de leur style que de leurs personnages», lance Nanni Moretti. Comme un pavé dans la mare. Ce sont probablement ces réalisateurs –on pense à Leos Carax, Ulrich Seidl, Alain Resnais ou David Cronenberg, ceux-là même qui avaient suscité le plus de passion sur la Croisette- qui, in fine, ont été éliminés.

«Nous étions divisés sur trois films, le Carax, le Seidl et le Reygadas, reconnait Nanni Moretti. Le dernier d’entre eux est au palmarès». Sans doute a-t-il trouvé de plus ardents défenseurs: Post Tenebras Lux, le long poème arty soutenu par deux jurés au moins. «C’est un film courageux, tendre et plein d’amour», s’exclame la cinéaste britannique Andrea Arnold. «J’ai rarement vu des images d’une telle force, d’une telle sincérité et d’une telle liberté», ajoute le réalisateur haïtien Raoul Peck.

«D’autres membres du jury ne sont pas rentrés dedans», admet Nanni Moretti, qui reconnaît malgré tout «avoir été frappé par les risques encourus par ce réalisateur, comparés à d’autres».

La palme d'or, seul prix qui a fait l'unanimité au sein du jury

Pas d’unanimité non plus pour les prix d’interprétation. Si Ewan mcGregor a défendu le choix de Mads Mikkelsen, dans La Chasse, de Thomas Vinterberg, «auteur d’une performance subtile au point qu’on se met à sa place pendant tout le film», le jury n’a pas eu le temps de détailler le double prix d’interprétation féminine attribué aux actrices d’Au-delà des Collines, de Cristian Mungiu. Dans un cas, comme dans l’autre, il s’agit apparemment d’un second choix.

«Avant de remettre la palme d’or, j’ai voulu rappeler la contribution fondamentale de Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva à la réussite de ce film, raconte Nanni Moretti. En fait, beaucoup d’entre nous voulaient, en plus de la palme, leur attribuer les deux prix d’interprétation, mais le règlement nous l’interdit». 

Finalement, le seul prix qui est apparu évident à tous les membres du jury, c’est… la palme d’or, reçu par Amour, de Michael Haneke. Et c’est bien là l’essentiel. «C’est le film qui a suscité chez nous tous la plus grande émotion, témoigne Jean Paul Gaultier. Il m’a fait beaucoup pleuré.»

Nanni Moretti ne regrette pas l’absence de stars au palmarès. De Brad Pitt à Nicole Kidman, de Kristen Stewart à Robert Pattinson, de Jessica Chastain à Marion Cotillard, elles étaient pourtant très présentes cette année sur les marches. «Je ne suis pas contre le glamour, souligne le cinéaste italien. Mais il faut que ce soit dans des films qui me plaisent» Et qui fassent un minimum l’unanimité.