Le cinéaste thaïlandais Apichatpong Weerasethakul à Cannes, le 18 mai 2012.
Le cinéaste thaïlandais Apichatpong Weerasethakul à Cannes, le 18 mai 2012. - S. LEBLANC / 20 MINUTES

Propos recueillis par Stéphane Leblanc

De notre envoyé spécial à Cannes,

Le cinéaste thaïlandais Apichatpong Weerasethakul revient sur la Croisette avec Mekong Hotel, un moyen métrage d’une heure, sélectionné en séance spéciale, hors-compétition. Encore un film hanté par les esprits, à la fois doux, poétique et mélancolique, comme peut l’être cet artiste singulier.

Au retour de Cannes, vous aviez confié à 20 Minutes que votre palme d’or pour Oncle Boonmee vous permettrait d’œuvrer pour la liberté d’expression dans votre pays. Qu’est-ce qui a changé depuis deux ans?

Cette palme d’or a suscité beaucoup d’enthousiasme et d’excitation chez les professionnels du cinéma et les jeunes artistes. Mais en dépit de mes efforts, cela n’a pas été suivi d’effets.

Comment s’est passé votre retour en Thaïlande? Avez-vous été invité par les médias, par la télévision?

Oui, il y a eu des articles dans les journaux. J’ai été sollicité pour intervenir sur des plateaux de télévision. Je n’apprécie pas beaucoup la télévision, mais j’ai accepté les émissions politiques. Pour faire bouger les choses. C’est là que je me suis rendu compte qu’il était illusoire de vouloir changer les gens. On peut changer soi-même, mais les gens restent les mêmes.

Votre façon de travailler a-t-elle évolué?

Certaines personnes ont eu la curiosité de voir mon film. Oncle Boonmee a même été diffusé à la télévision. Mais ce film a paradoxalement renforcé mes liens avec les circuits de l’art contemporain au détriment du cinéma. C’est probablement le prix qu’il me faut payer pour ma liberté.