«Tim Burton montre qu'on peut rester fidèle à ses inspirations d'enfant»

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Publié le 7 mars 2012.

INTERVIEW - Ce mercredi s'ouvre l'exposition événement consacrée à Tim Burton à la Cinémathèque française. L'occasion de revenir sur le personnage et l'univers original du réalisateur d'«Alice au pays des merveilles» avec Antoine de Baecque, professeur de cinéma à Nanterre et auteur du livre «Tim Burton» paru en 2005...

Les monstres de Tim Burton enchantent désormais la Cinémathèque française, et ce jusqu’au 5 août prochain. Antoine de Baecque, ancien rédacteur en chef des Cahiers du cinéma et auteur d’un livre sur le réalisateur d’Edward aux mains d’argent paru en 2005, décrypte son univers fantasque pour 20 Minutes.

>> Voir notre diaporama consacré à l’exposition

Onirique, fantastique, marginal, macabre... Tim Burton a un univers unique. Quels éléments récurrents de son monde retenez-vous?

Il y a un mélange entre quelque chose de très grave, tragique, avec le macabre, toujours présent, et puis une sorte de carnaval très joyeux, assez subversif, sens dessus dessous, qui anime tout ça. Il y a autre chose qui est très important aussi, la marginalité. Il a toujours des héros bizarres, monstrueux, qui peuvent être désignés comme anormaux. Ce sont eux qui portent les valeurs positives dans les films. Cette ‘héroïsation’ de la marge est très forte chez Burton. Autre élément récurrent, il n’y a pas vraiment de différence entre le jour et la nuit, l’humain et les animaux. Quelqu’un de mort peut dialoguer avec un vivant, un animal peut se greffer sur un corps d’homme et de femme.

Tim Burton a peur des choses aseptisées…

Ca vient de sa jeunesse, passée dans une banlieue américaine très normale [à Burbank, Los Angeles, ndlr]. Toutes les maisons sont peintes dans des couleurs pastel, les voitures fonctionnent bien, les jardins sont toujours dégagés. Pour lui, c’était le cauchemar. Il s’est alors construit un monde qui prend sa source dans l’inverse: le gothique, le monstrueux, tout ce que le monde aseptisé considère comme le cauchemar.

Pourquoi cet univers burtonien plaît-il autant au public selon vous?

Je pense que ce qui touche beaucoup les gens, c’est la sincérité et la fidélité à une inspiration qui vient de très loin. Tim Burton avait 12 ans quand il a fait ses premières créations. C’étaient des choses comme des collages de tête de mort. Les dessins qu’il a faits à ce moment-là ne sont pas différents des films qu’il fait à plus de 50 ans. Il y reste extrêmement fidèle tout au long de sa vie, comme si c’était une sorte de serment. Son univers touche beaucoup les jeunes: Tim Burton montre que c’est possible de ne pas décevoir, qu’en étant adulte on peut rester fidèle à ses inspirations d’enfant. On peut mener une vie d’adulte sans les idées convenues d’un adulte.

Mais la critique a longtemps été dubitative face à Tim Burton, en France et dans le monde. Cette sorte d’unanimité cinéphile autour de son univers est assez récente. Pendant longtemps il y a eu une sorte de méfiance: est-ce qu’il restait trop enfant? Cette fidélité à lui-même l’a desservi pendant des années. Je pense que le tournant c’est d’avoir considéré Burton non plus comme un cinéaste mais comme un artiste, un poète. C’est la cohérence artistique qui a fait prendre conscience aux critiques de l’importance de Burton. Ca a changé à partir du moment où il a diffusé ses dessins au début des années 2000.

Monstres, créatures cauchemardesques… On est dans le cinéma d’horreur et d’épouvante. A cela, Tim Burton apporte de l’humour et du grinçant. A-t-il créé un genre à part entière?

Il n’a pas créé un genre, il s’est plutôt moulé dans des genres qui existent et qu’il adore. Cinéma de terreur, fantastique, il a été nourri de ça. Il leur donne une sorte de vitalité contemporaine. Il veut prolonger des genres qui ont eu une tradition très forte, qui ont parfois été repris par certains cinéastes dans les années 1980, pour atteindre des publics plus larges.

De qui s’inspire le cinéaste?

Tim Burton se nourrit de contre-culture. A l’intérieur de ça il y a des figures qui peuvent s’imposer. Comme Vincent Price, qui jouait souvent des rôles de vampires, de princes des ténèbres. Il y a eu Bela Lugosi qui jouait aussi les vampires. Godzilla l’a inspiré pour tout ce qui est monstre.

Comment expliquez-vous que l’excentricité de Tim Burton et son style très personnel ne soient pas incompatibles avec les attentes des studios Hollywoodiens?

Dès le début, il a commencé à travailler avec les plus gros studios. Mais ça n’est jamais simple. Il est régulièrement rappelé à l’ordre, doit couper dans ses films. Dans le système américain il y a des conflits. Il doit rendre des comptes, réécrire, il n’a pas le «final cut». Mais par ailleurs, c’est quelqu’un qui touche un public large et très divers. Dans sa filmographie se retrouvent quelques-uns des plus grands succès mondiaux (Alice au pays des merveilles, Batman, Charlie et la chocolaterie), les studios font donc avec. Par contre, il y a quelque chose que Burton refusera toujours, c’est que le studio lui impose une fin ou un plan. Il peut couper une scène mais ne transigera pas sur son propre univers. C’est un équilibre qui est constamment sur la brèche.

Pourquoi Tim Burton fait-il appel pour ses films à des figures récurrentes comme Johnny Depp, ou Helena Bonham Carter, sa femme?

Ca fait partie de cette fidélité à lui-même. C’est vrai aussi pour son musicien, certains techniciens. Il est entouré d’une sorte de communauté. On vit avec les gens qu’on a choisis, c’est une philosophie importante pour lui. C’est la différence avec la famille. Ils partagent ses goûts, son univers. Burton aime travailler avec eux. Mais ça n’empêche pas d’agréger des nouvelles personnes. Par exemple, Tim Burton m’a dit lundi qu’il était ravi de travailler avec Eva Green pour Dark Shadows. Je suis sûr qu’il va retravailler avec elle.  

Propos recueillis par Anaëlle Grondin
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