L'affiche officielle de la 84e cérémonie des Oscars.
L'affiche officielle de la 84e cérémonie des Oscars. - Academy américaine des Arts et des Sciences du cinéma

Anaëlle Grondin

L’identité des 5.765 membres de l’Académie des arts et des sciences du cinéma, qui votent chaque année aux Oscars, est un secret bien gardé à Hollywood. Et ce, malgré l’influence qu’ils exercent par la suite sur le box-office ou les carrières de nombreux professionnels de l’industrie cinématographique. Mais qui sont ceux qui déterminent au final, si Jean Dujardin est, dans The Artist, meilleur acteur ou non que George Clooney dans The Descendants? Le Los Angeles Times a enquêté pour déterminer le profil type du votant aux Oscars, en discutant avec des milliers de membres de l’Académie et en passant en revue de nombreux CV, biographies et publications. Le journal américain a ainsi pu identifier plus de 5.100 membres, soit 89% des votants. Conclusion: le votant type est un homme blanc de plus de 60 ans.

77% des votants sont des hommes

Selon le journal américain, 94% des votants aux Oscars sont blancs, 77% sont des hommes. Les Noirs ne représentent que 2% des membres de l’Académie. De même que les Latinos. Parmi les 15 secteurs d’activité représentés à l’Académie (acteurs, réalisateurs, producteurs, auteurs, scénaristes, musiciens...), certains sont mêmes presque exclusivement composés d’hommes blancs. Par ailleurs, sur les 43 membres de son conseil d’administration se trouvent seulement six femmes et une personne de couleur, précise le Los Angeles Times.

Des inégalités qui s’expliquent par le système d’adhésion à l’Académie pour certains. Il y a trois manières de devenir membre: avoir été nommé pour un Oscar, faire une demande accompagnée des recommandations de deux membres (du même secteur d’activité) ou obtenir la moitié des votes du comité d’adhésion de ce même secteur d’activité.

«Manque de diversité dans l’élite d’Hollywood elle-même» 

Les membres de l’Académie sont donc loin de représenter ceux qui fréquentent les salles obscures. Le Los Angeles Times a interpellé plusieurs d’entre eux sur ce fait. Et les opinions varient.

Denzel Washington, qui a remporté l’Oscar du meilleur acteur pour Training Day, sorti en 2001, pense que l’Académie devrait s’ouvrir. Pour lui, «si le pays a 12% de Noirs, l’Académie doit avoir 12% de Noirs. Si la nation est à 15% d’origine hispanique, l’Académie doit avoir 15% de membres d’origine hispanique». L’acteur Bernie Casey faisait partie de l’Académie, mais a choisi de la quitter à cause de ces inégalités: «Les gens de couleur sont toujours à la marge. Les Asiatiques, les Latinos, les Noirs, vous ne les voyez jamais. Nous sommes 320 millions de personnes en Amérique et environ 48 millions de personnes noires et autant de personnes latinos, mais vous ne le croiriez pas si vous vous basez sur ce que vous voyez dans les films et émissions de télévision.» 

Le président de l’Académie Tom Sherak a expliqué au journal qu’il essayait d’y apporter plus de diversité mais que le changement était difficile car l’industrie cinématographique n’est pas très diversifiée, et surtout lent car l’Académie limite les adhésions depuis une dizaine d’années. Le site The Wrap va dans son sens: «L’Académie, qui est censée représenter le meilleur de l’industrie cinématographique, est un reflet fidèle de cette industrie à bien des égards (…) Vous vous plaignez du manque de diversité dans l’organisation qui représente l’élite d’Hollywood mais pas du manque de diversité dans l’élite d’Hollywood elle-même?» 

Samuel L. Jackson est monté au créneau l’an dernier

Frank Pierson, oscarisé en 1976 et ancien président de l’Académie, estime que le mérite est le critère premier pour devenir membre. «Je ne vois pas pourquoi l’Académie devrait représenter la nation américaine. Les People’s Choice Awards sont là pour ça. Nous représentons les cinéastes professionnels, et cela ne reflète pas la population dans son ensemble, alors qu’il en soit ainsi.» 

La cérémonie des Oscars elle-même n’est pas épargnée par cette polémique sur la diversité. Regardée par 37 millions de personnes l’an dernier, elle ne comptait aucun présentateur noir. Après la soirée, l’acteur Samuel L. Jackson (Pulp Fiction, Kill Bill 2) s’était plaint dans un e-mail au Los Angeles Times, déclarant de manière cynique: «Il est évident qu’il n’y a pas UN acteur noir à Hollywood capable de lire un prompteur.»