Patrick Huard dans le premier rôle de «Starbuck», de Ken Scott
Patrick Huard dans le premier rôle de «Starbuck», de Ken Scott - DR.

Propos recueillis par Charlotte Pudlowski

Starbuck raconte l’l’histoire d’un type de 42 ans, David Wosniak, éternel adolescent qui travaille dans la boucherie familiale. Un beau jour, on lui apprend qu’à l’époque où il avait donné du sperme pour se faire un peu d’argent, il y a eu un problème à la clinique… Il se retrouve père de 533 enfants. 533 enfants qui ont entamé une procédure pour connaître le nom de leur père. Et cette nouvelle intervient juste quand la copine de David, Valérie, lui apprend qu’elle est enceinte. Entretien avec le réalisateur, Ken Scott.

«Starbuck», ça évoque davantage un film sur le café qu’un film sur la paternité…
Le titre vient d’un taureau, qui s’appelait Starbuck, qui a fait «carrière» au Québec dans les années 80: il avait ensemencé 75% de toutes les vaches Holstein en Amérique du Nord. Il a engrangé grâce à son sperme des dizaines de millions de dollars. Le titre est un clin d’œil à ce taureau, mais l’idée vient de mon coscénariste, Martin Petit, qui avait eu l’idée d’un géniteur qui se retrouverait avec plein d’enfants. On avait le sentiment que c’était de bonnes prémisses pour faire de la comédie et explorer le thème de la paternité.

Pourquoi ce thème vous intéressait ?
Je suis papa trois fois, Martin deux fois, et on entame la quarantaine donc on a l’impression d’être très entourés de jeunes parents. On avait beaucoup à dire sur le sujet. Mais surtout nous avions le sentiment que la paternité a beaucoup changé ces dernières années. Les pères prennent des congés parentaux, pour être plus présents auprès de leurs enfants. Il y a un changement qui s’opère dans la société, c’est un sujet de débat que nous voulions traiter de façon ludique et honnête.

En choisissant un homme qui travaille avec son père, et dont les 533 enfants sont des ados ou de jeunes adultes, vous avez abordé les différentes générations. Pour montrer l’évolution?
Le film a été structuré pour qu’il y ait une histoire, mais on est toujours dans une situation où des pères sont là, David se retrouve géniteur de 533 enfants, sa femme tombe enceinte, son ami avocat est père, on traite la relation de David avec son père... Ce n’est pas un jugement sur une façon ou une autre d’être, mais vraiment une exploration de la paternité.

Dans une scène, David dit à sa copine Valérie, qui vient d’accoucher d’un enfant de lui, que ce n’est pas à elle de décider s’il est le père. Il l’est, un point c’est tout. C’est une revendication forte
C’est la phrase clé du film. Prise hors contexte, elle pourrait choquer car c’est une affirmation que l’on pourrait percevoir comme allant à l’encontre des droits de la femme. Mais quand on a vu le film, vu tout ce que David a vécu, on comprend ce qu’il ressent, cette revendication de faire partie de la vie de l’enfant, d’être reconnu de plein droit. Il y a quelque chose là d’assez nouveau et qui se retrouve chez les gens que l’on voit en société, qui nous entourent. Les pères revendiquent de plus en plus leur légitimité. Je ne crois pas que cette nouvelle affirmation du père soit contre la mère. Au contraire. La mère a une place importante d’emblée, on lui donne sans jamais se poser de questions. Mais il y a de la place pour un père aussi, et les nouveaux pères veulent le faire savoir. Il y a aujourd’hui plein de situations dans les couples, avec le divorce, les recompositions, plein de configurations sont possibles. Mais ce n’est pas une raison pour nier la paternité, pas simplement matérielle, mais affective.

Mais ce n’est pas du tout un film théorique. On rit surtout en permanence. Pourquoi le choix de la comédie plus qu’un autre genre?
C’était organique, parce que la paternité, c’est une comédie dramatique en soi, faite de moments d’émotions, de moments drôles, de moments moins glorieux. Donc le ton du film correspond vraiment à la thématique.

Le film a été acheté à travers le monde. Alors que l’on aurait pu croire à une exploration plutôt occidentale
C’est très étonnant, en Chine ou au Japon, où le film a été acheté, le rapport au père, aux parents, est très différent. L’Inde a aussi acheté les droits pour un remake. Mais ce qui est sûr c’est que la question de la paternité est très vive dans nos sociétés occidentales. Au Québec, dans le passé, il y a eu beaucoup de films sur l’absence du père, sur les crises par manque de père. Je crois qu’à l’avenir il y aura beaucoup de films sur l’omniprésence des pères. Où les enfants se demanderont «mais pourquoi tu es tout le temps là?!»