Sacré Roland Emmerich! Il ne respecte rien et c'est pour ça qu'on l'aime. Après avoir détruit le monde dans 2012, il s'en prend au grand Barde, William Shakespeare, en expliquant que ses pièces auraient été écrites par Edouard de Vere, comte d'Oxford.
Si ce film-puzzle se déguste avec gourmandise, c'est parce que le réalisateur applique à un sujet plus «auteuriste» le même traitement qu'à ses films catastrophes. «Je me suis inspiré d'une véritable théorie que je trouvais excitante. J'aime bien l'idée de malmener ce que beaucoup de gens estiment inattaquable», dit-il.
Une fresque ludique à 200%
L'Allemand malicieux s'amuse dans des décors sublimes où il fait évoluer une distribution de rêve: Vanessa Redgrave, Rhys Ifans, Rafe Spall et David Thewlis. «On s'est fait écharper en Angleterre, où Shakespeare est considéré comme une institution, mais ça nous a fait de la pub», explique ce dernier, philosophe.
Le plaisir du cinéaste à évoluer dans un univers fait d'intrigues et de révolutions de palais se communique à cette fresque ludique à 200%. «C'était un rêve de prouver que j'étais capable de tourner un film intimiste, où je ne casse pas tout», explique Emmerich. Le concept «intimiste» n'est pas vraiment dans la nature du réalisateur d'Independence Day. La reconstitution d'un Londres élisabéthain tentaculaire prouve qu'il ne se sent bien que dans l'excès d'un cinéma choral et spectaculaire. Il signe son œuvre la plus aboutie avec ce film qui fait sauter de joie les cellules grises en mettant un grand coup de pied dans une institution. On sort de la salle ravi en se demandant quelle sera sa prochaine cible.
Qui a écrit les œuvres de Shakespeare?
Ceux qui répondent «William Shakespeare» manquent de fantaisie. Voilà maintenant des décennies que des grands noms comme Mark Twain, Sigmund Freud ou Charles Dickens, sans compter de nombreux universitaires, jonglent avec les théories sans parvenir à percer le mystère.