Leila Hatami et Peyman Moadi, un couple séparé qui attire le public.
Leila Hatami et Peyman Moadi, un couple séparé qui attire le public. - Memento Films

Stéphane Leblanc

Oubliées, les 270.000 entrées de Kandahar (2001) de Moshen Makhmalbaf, précédent record en France d'un film iranien. En tout juste un mois, Une séparation a attiré 475.000 spectateurs captivés par le sort d'un couple divorcé à Téhéran. Le cinéaste et traducteur iranien Nader T. Homayoun, qui vit à Paris, analyse les réactions du public à la sortie des salles.

«Je suis touchée, ça pourrait se passer à Paris» –Nathalie, 29 ans

Vrai. Malgré le poids de la religion, «l'Iran est un des pays où l'on divorce le plus au monde», prétend Nader pour qui le film touche par l'universalité de son thème. Mais aussi parce que les Iraniens apparaissent «plus libres qu'on n'imagine» et empétrés dans les «mêmes problématiques quotidiennes».

« C'est osé, courageux vis-à-vis de la censure» –Abdel, 25 ans

Faux. «Comme Ashgar Fardahi veut que ses films sortent en Iran, il reste prudent, affirme au contraire Nader. Une séparation pose des questions sur la société iranienne, mais se garde de juger ses personnages ou d'apporter des réponses définitives. «On sent le malaise, sans que le cinéaste ait besoin de mettre le doigt dessus. C'est cette finesse de trait qui rend le travail des censeurs difficile.»

«Les Iraniennes ne sont pas des femmes soumises» –Tania, 21 ans
Vrai. Voilà encore un préjugé qui vole en éclats. «Mais cela n'a rien d'audacieux vis-à-vis des censeurs, note Nader. Voir des femmes qui tiennent tête à leur mari, ça les amuse au contraire.» A condition qu'elles restent voilées.

«Ce drame est aussi captivant qu'un bon polar» –Bastien, 39 ans
Vrai. On est frappé par le sens dramatique du film et ses multiples rebondissements. «Avant de songer aux qualités esthétiques, Ashgar sait qu'il faut d'abord une bonne histoire, souligne Nader. C'est une évolution majeure par rapport au grand cinéma iranien contemplatif des années 1980.»

A l'affiche dans 240 salles

Dix copies du film ont été rajoutées mercredi. Une séparation est désormais projetée dans 240 salles, contre 105 à sa sortie le 8 juin. Et les deux précédents longs métrages d'Asghar Farhadi s'apprêtent à ressortir : A propos d'Elly (2009) le 13 juillet et La Fête du feu (2006) le 27 juillet.