Ce qui n'aurait pu être qu'un biopic classique se révèle comme une ode à l'artiste. Gainsbourg (vie héroïque) de Joann Sfar vibre de talents conjugués. Eric Elmosnino éblouit dans le rôle-titre. Ce grand acteur de théâtre fait apparaître le génie et les faiblesses du dandy sous influence. Les muses, de Laetitia Casta (Brigitte Bardot) et Anna Mouglalis (Juliette Gréco) à la regrettée Lucy Gordon (Jane Birkin), sont exceptionnelles. Philippe Katherine compose un épatant Boris Vian, source d'inspiration pour Gainsbourg comme pour Gainsbarre.
Une promenade à la fête foraine
Joann Sfar, star de la BD passée à la réalisation, ne se contente pas de livrer une galerie de clichés. Il puise dans son monde intérieur pour fantasmer celui de son sujet, faisant prendre à son film des allures de fête foraine. Le «péril juif», créature cauchemardesque, et la «gueule», marionnette alter ego, marquent le film du sceau d'un auteur complet.
Cette balade à la bande-son magique rappelle que le compositeur reste inégalé dans ses créations comme dans ses provocations. On peut ne pas adhérer au parti pris de Sfar, qui a privilégié sa vision de Gainsbourg à la réalité. Il faut lui concéder des points pour son originalité et sa passion communicative pour l'Homme à tête de chou. Néophytes et inconditionnels trouveront leur compte dans cette vie rêvée, coup de chapeau malicieux d'un artiste à un autre. Gainsbourg, film réussi? Oh oui!