L'amour, il ne faudrait pas trop en rire. Ça peut être «douloureux à en mourir», sanglote l'héroïne de «Bright Star». A l'aube du XIXe siècle en Angleterre, la jeune Fanny Brawne vient de tomber éperdument amoureuse du poète John Keats (1795-1821).
Au début, c'est par jeu qu'elle entreprend de le séduire. Mais le charme du jeune homme et la force de ses vers l'attireront dans les griffes d'une passion d'autant plus terrible que des causes involontaires n'auront de cesse de séparer les deux amants: le jeune homme est trop fauché pour se marier et la maladie lui impose de quitter souvent la campagne anglaise qui sert de décor au film.
Les mots vibrent dans la lumière
Toute la puissance de ce drame romantique repose sur les ruptures de rythme. Jane Campion en use et en abuse, dans son script comme dans sa mise en scène. Sur le plan visuel, la réalisatrice de «La Leçon de piano» s'en sort à merveille: coup de foudre filmé sans recul en plans rapides, séquences lointaines qui soulignent la mise à distance vis-à-vis de l'être aimé.
Une actrice lumineuse
Les vers (authentiques) du poète sont au diapason et rarement des mots auront aussi bien vibré que dans la lumière de ces paysages anglais. Avec leur jeu tout en délicatesse, Abbie Cornish et Ben Whishaw sont également parfaits. On regrettera juste que l'intrigue soit si prévisible dans ses rebondissements. C'est un fait: les poètes romantiques ont une vie amoureuse malheureuse et c'est ce qui les inspire. Ce qui crée de la poésie.
La «bright star» du titre, l'étoile brillante, c'est elle. Mais il faut être une cinéaste hypersensible comme Campion pour lui donner un tel éclat, une telle intensité.