Pourquoi «Un Prophète» pourrait être un film générationnel?

CINEMA Primé au festival de Cannes (Grand prix du festival), interdit aux moins de 12 ans, le dernier film de Jacques Audiard, huis clos haletant, a tout pour marquer une génération de spectateurs. Et ce, pour cinq raisons...

Alice Antheaume

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Tahar Rahim dans le film "Un Prophète" de Jacques Audiard

Tahar Rahim dans le film "Un Prophète" de Jacques Audiard — Roger Arpajou

Parce que c’est un film d’apprentissage
Le héros d’Un Prophète s’appelle Malik El Djebena, 19 ans au moment où s’ouvre le film. Sans famille à l’extérieur, il va passer six ans en prison avant de devenir un caïd. Une sorte de parcours initiatique. Or, depuis Le Père Goriot de Balzac ou L’Education sentimentale de Flaubert, symboles du roman d’apprentissage, le cheminement des personnages principaux électrise les foules.

Parce qu’il fait écho au réel

Un Prophète, c’est une plongée de 2h29 dans l’univers carcéral, racisme, désert sexuel et meurtre organisé inclus. Même si le réalisateur Jacques Audiard se défend d’avoir fait un «film symptôme de la politique carcérale» dans Les Inrocks, il assure aussi que «le réel fonde le cinéma». Or la vétusté des prisons françaises, la surpopulation carcérale, la violence dans les établissements pénitentiaires ont fait les titres des médias toute l’année. Récemment encore, la ministre de la Justice Michelle Alliot-Marie a dégainé une série de mesures pour limiter le nombre de suicides en prison.

Parce qu’il rivalise, dans le genre film noir, avec «Scarface» et «Le Parrain»
Au sens propre comme au sens figuré, puisqu’Un Prophète montre que «la clarté est une denrée rare en centrale», selon les mots d’Audiard. Résultat à l’écran: une lumière travaillée en noir et gris, avec quelques halos de néons. Glauque à souhait.

Parce qu’il révèle une nouvelle tête
Tahar Rahim, 28 ans, est remarquable dans ce film. Jeune pousse du cinéma français né à Belfort, il a été révélé à Cannes par Jacques Audiard, qui dit l’avoir rencontré à l’arrière d’une voiture sur le tournage de la série télé La Commune de Philippe Triboit. On ne sait que trop bien l’importance des films qui révèlent un acteur ou une actrice — souvenez-vous de Thelma et Louise pour Brad Pitt, ou de 37,2 le matin pour Béatrice Dalle.

Parce que c'est un film communautaire
Entre le clan des Corses et celui des Arabes, Malik choisit d’abord le premier en dépit de ses origines et se retrouve sous la coupe de César (Niels Arestrup) qui lui offre sa protection contre des «missions» criminelles. Mais il s’acoquine peu à peu avec le camp des Arabes. Ami de tous, et prophète en son pays, la prison.



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