Petit délinquant deviendra grand au fil de son séjour en prison. Par ses fulgurances et son originalité de traitement, Un prophète restera sans doute comme l'un des meilleurs films de l'année. Récompensée à Cannes par un grand prix du jury mérité, la dernière réalisation de Jacques Audiard ne ressemble ni aux récits d'évasion chorégraphiés à la façon du Mesrine de Jean-François Richet, ni à la description flamboyante du milieu carcéral de séries américaines comme « Oz » ou « Prison Break ».
Lutte pour la survie
Reprenant l'un de ses thèmes favoris, le réalisateur étudie la relation unissant un orphelin arabe à un parrain corse, brillamment interprété par Niels Arestrup. « Ce qui m'intéressait, c'était de parler d'un milieu fermé, difficile à pénétrer », explique Audiard face à la levée de boucliers d'associations nationalistes corses. Peu importe, en effet, l'origine du mentor : ce que décrit Audiard, c'est l'apprentissage d'un gamin malin que sa lutte pour la survie mènera au sommet de la hiérarchie criminelle. La prison serait-elle une école du crime ? « On est davantage dans le cinéma de genre que dans le factuel », précise le cinéaste. Sa mise en scène volontairement étouffante fait percevoir la claustrophobie d'un monde en vase clos, vivarium favorisant la mue de son héros. Entre face-à-face pesants et éclairs de violence, Audiard bourre le spectateur d'uppercuts, le laissant pantelant, mais comblé.