Rocker avant l’heure. Un an après Jacques Mesrine, place à John Dillinger, dans un film de gangsters à la mesure du talent de Michael Mann: énorme.
La proximité de ces sorties souligne à quel point les deux bandits partageaient les mêmes qualités (ou défauts, suivant le point de vue): un talent unique pour les braquages de banque et un don inné pour s’évader de prison. Les deux hommes savaient aussi jouer avec les médias pour susciter l’admiration des foules. Et ils ont connu la même fin tragique, abattus au bras de leur dulcinée dans des guet-apens savamment orchestrés. Leur image de mauvais garçons charismatiques, ces individualistes forcenés la cultivaient en s’en prenant d’abord aux puissants, jugés responsables de tous les maux.
Violent mais pas trop
Mais là où Mesrine était quasiment seul contre tous, Dillinger avait autour de lui une flopée de complices plus ou moins futés et bien organisés, dont la presse et ses lecteurs se régalaient des forfaits, comme aujourd’hui des frasques de Pete Doherty ou de Britney Spears. A l’orée des années 1930, les gangsters jouaient aux anti-héros rebelles comme des rockeurs d’avant l’heure adeptes du no future, tant ils savaient qu’ils ne feraient pas de vieux os. C’est dans ce contexte que John Dillinger, ennemi public n°1 comme on dirait d’un artiste au top des ventes, est prêt à s’inscrire dans la légende du 7e art. Michael Mann a bâti son film d’une main de fer pour en faire à la fois un film d’auteur et un divertissement très efficace. Glamour quand il faut, violent mais pas trop, et sans temps mort. C’est sans doute une des oeuvres cinématographiques les plus abouties de cette fin de décennie.
Cela méritait bien que 20 Minutes y consacre un dossier exceptionnel, pour un film qui ne l’est pas moins.