Le cinéma après Hadopi, ça donne quoi?

CANNES Un débat (pas très contradictoire) était organisé ce samedi au patio Canal+...

Alice Antheaume, à Cannes

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Les députés doivent se prononcer mercredi sur la disposition-clé du texte "Diffusion et protection de la création des droits sur internet", qui prévoit une suspension de l'abonnement en cas de téléchargement illégal de musique ou de cinéma, après deux recommandations.

Les députés doivent se prononcer mercredi sur la disposition-clé du texte "Diffusion et protection de la création des droits sur internet", qui prévoit une suspension de l'abonnement en cas de téléchargement illégal de musique ou de cinéma, après deux recommandations. — Joel Saget AFP/Archives

On l’a dit ici, la loi Hadopi, votée en début de semaine au Parlement, s’est invitée au festival de Cannes. Ce samedi, un débat était organisé par Canal+, l’ARP (Société civile des auteurs, réalisateurs et producteurs) et la SACD (Société des auteurs et compositeurs dramatiques) sur le «financement du cinéma à l’ère numérique après le vote de la loi».

Pas de cinéma sans la télévision

Se félicitant que celle-ci soit enfin votée, («ce qui n’était pas une mince affaire», dixit le patron de la SACD), Rodolphe Belmer, le directeur général de Canal+, a mis en avant un argument que l’on a peu entendu jusqu’à présent: le rôle de la télévision dans le financement du cinéma. «Aucune structure individuelle ne peut couvrir le budget total d’un film, il faut différents acteurs pour le faire», dit-il, rappelant que Canal+ fait office de mastodonte parmi ces financeurs.

Obligée d’investir 9% de son chiffre d’affaires dans le cinéma français, la chaîne cryptée a mis, selon les chiffres du CNC, 160 millions (et 20 millions de TPS, propriété de Canal) sur le 1,2 milliard d’euros attribués aux films de l’Hexagone en 2007.

«Canal apporte environ 25% du budget des films que l’on préachète, des films dont le budget est compris entre 5 et 7 millions, reprend Belmer. TF1, environ 17%.» Le dirigeant insiste: «Le corollaire de ça, c’est que si quelqu’un prend sur Internet le film que Canal diffuse ce soir, même en payant 2 ou 3 euros en ligne, je ne peux pas le convaincre de s’abonner à notre chaîne pour 35 euros par mois.»

Comprendre: le téléchargement de films avant leur diffusion sur Canal fiche en l’air le modèle économique de la chaîne, fondée sur l’exclusivité.

Système pyramidal

Pour François Henrard, conseiller du ministère de la Culture, la question du financement des films ne peut pas être résolue par autre chose que la loi Hadopi. Rejetant la «contribution créative» (proposition de certains députés socialistes), il poursuit: «Le compte de soutien (qui reverse au monde du cinéma une partie de l’argent prélevée sur le billet d’entrée en salles) aussi est menacé.»

Les acteurs et réalisateurs qui se sont prononcés contre la loi, comme Jeanne Balibar, présente un peu plus loin sur la Croisette, n’étaient pas invités. «Certains n’ont pas lu le texte de loi en entier, argue Pascal Rogard, de la SACD. Et peu savent que cela a un impact sur le financement par la télé.»