Comment peut-on gâcher sa vie par lâcheté, en se laissant happer par les convenances et les habitudes ? Anna Galvada en avait fait un roman, Je l'aimais, que Zabou Breitman a fort bien su adapter à l'écran. Comme dans le livre, la réalisatrice de Se souvenir des belles choses a centré son récit sur un quinquagénaire brisé (Daniel Auteuil, à fleur de peau) racontant à sa belle-fille que son fils vient de quitter comment il n'a pas eu le courage de partir alors qu'il avait rencontré la femme de sa vie.
«C'est un film avec un passage secret», explique Zabou Breitman, qui se plaît à entremêler le passé et le présent au fil du récit de son protagoniste. Tantôt juvénile lorsqu'il est amoureux ou prématurément vieilli par le renoncement, Daniel Auteuil la suit dans ce voyage dans le temps, se métamorphosant à vue d'oeil selon l'évolution de ses sentiments.
La subtilité du propos évoquant l'adultère sans jugement moral est perceptible à chaque étape d'un récit bouleversant où l'homme dévoile des blessures inguérissables. Sa responsabilité dans son propre malheur rend son histoire poignante, notamment lors d'un tête-à-tête au restaurant avec une épouse adepte de la politique de l'autruche, jouée par l'excellente Christiane Millet.
Passion
Du coup de foudre de ce père de famille pour la pétillante Marie-Josée Croze, brillante traductrice au sourire désarmant, au lent naufrage de leur tendresse, la cinéaste suit le cheminement d'une passion qui s'étiole au fil du temps. La brève rencontre accidentelle du couple adultérin après sa séparation est l'un des moments les plus émouvants d'une réflexion sur la notion d'engagement dont il est difficile de ressortir indemne.