Les films de Claude Chabrol sont comme les fêtes carillonnées : une habitude agréable qu'on retrouve chaque année avec un plaisir intact. Bellamy ne fait pas exception à la règle tout en offrant un cadeau supplémentaire en la personne de Gérard Depardieu, que le réalisateur dirige pour la première fois. L'acteur en impose en commissaire qui écourte ses vacances pour enquêter sur une étrange affaire d'arnaque à l'assurance tout en essayant de gérer son frère irresponsable. « Je voulais que le film soit une sorte de "portrait" de Gérard ou du moins une vision de l'une de ses facettes », explique le cinéaste. Il a également insisté pour que sa coscénariste Odile Barski injecte des éléments de sa propre personnalité au héros.
C'est donc un flic bon vivant à la psychologie complexe qui évolue dans ce polar jubilatoire, hommage assumé à Georges Simenon, et librement inspiré d'un fait divers. D'excellents seconds rôles (Clovis Cornillac, Jacques Gamblin et surtout Marie Brunel, qui joue la femme du policier) font monter le suspense d'une intrigue anxiogène à souhait. Le soleil de Nîmes ne réchauffe pas les rapports familiaux et n'éclaire pas non plus les méandres d'une affaire ténébreuse, dont le spectateur ne saisira les détails qu'au dénouement. Claude Chabrol, cinéaste gourmand et gourmet, mitonne des tête-à-tête succulents entre des comédiens heureux de se laisser assaisonner par un maître queux de ce calibre. Chambre d'hôtel sinistre et cuisine bourgeoise deviennent les décors oppressants de drames dissimulés sous le charme discret de la bourgeoisie. « Le sous-titre du film pourrait être "La Traversée des apparences" », précise Claude Chabrol. ■