Gran Torino sera-t-il le dernier film de Clint Eastwood en tant qu'acteur ? C'est lui qui le dit et tout porte à le croire. Ce rôle de papy xénophobe, se prenant d'amitié pour le jeune voisin asiatique qui a tenté de voler sa voiture (la Gran Torino du titre), clôt en beauté une carrière de comédien marquée par les porte-flingues adeptes de la justice sommaire, comme l'Inspecteur Harry. Assumant à 200 % sa démarche de cow-boy fatigué, ses rides creusées et sa voix éraillée, ce héros d'un autre âge plonge dans l'actualité d'une Amérique gangrenée par les gangs ethniques. La difficulté d'échapper à l'engrenage de la délinquance et l'inutilité de la violence font partie des leçons de vie qu'apprend durement le vétéran raciste.
C'est un peu comme si les personnages de justiciers qu'Eastwood a longtemps affectionnés découvraient soudain qu'ils ont eu faux sur toute la ligne. Ode à l'amitié et à la rédemption, ce polar crépusculaire prend des allures de western urbain le temps de fusillades aussi brèves que marquantes. Eastwood, impuissant, y montre un pays en crise. L'émotion affleure dans le constat désespéré auquel parvient un homme à la fin de sa vie : l'Amérique qu'il a tant célébrée est devenue une contrée brutale où il n'a plus sa place. ■