Alexandra Lamy en vidéo
 Alexandra Lamy en vidéo - 20minutes.fr

Recueilli par Alice Antheaume

Grande et ultra punchy, Alexandra Lamy a un sourire désarmant. Le genre de sourire qui vous fait perdre votre supposée distance journalistique. La comédienne, emmitouflée dans un col roulé blanc, enchaîne des (longues) journées d’interview pour la sortie du film «Ricky», de François Ozon. Entre une cigarette, un café sans sucre et un coup de fil, elle se moque de sa faute de français lâchée en direct sur le plateau du 20 heures de France2, la veille. «La honte», rit-elle. Interview.  
 
Vous jouez un rôle sombre dans ce film, celui d’une ouvrière peu fortunée, mère d’un enfant «différent». Il paraît que c’est pour casser votre image. Mais ça veut dire quoi, «casser son image»?
Ça ne veut rien dire. Un comédien ou une comédienne ne casse pas son image, il doit pouvoir tout jouer. A la télé, dans des pubs, au théâtre, au cinéma, dans une comédie musicale. En Grande-Bretagne, les comédiens peuvent jouer partout, alors qu’en France, il faut qu’on vous colle des étiquettes. Ici, si vous voulez passer d’un théâtre privé à un théâtre subventionné par l’Etat, c’est la guerre.
 


Jouer dans un drame: qu’est-ce que cela change pour vous?
C’est la première fois que je fais des débats de 1h30 sur un film, alors que, lorsque je jouais dans des comédies, on me demandait juste une photo et un autographe. Quand je pleure dans un drame, tout le monde dit que je joue super bien! Mais si je parviens à faire rire le public, on ne dit rien. Pourtant, c’est vraiment dur. Allez-y, essayez de faire rire les gens pour voir... (Silence) Pas simple, hein? C’est du travail (rires).
 
Vous avez perdu votre accent du Sud. Pourquoi? Fernandel avait pourtant réussi avec son accent...
C’était une autre époque. Aujourd’hui, jouer Shakespeare ou Molière avec mon accent d’Alès, ma ville natale, c’est inaudible. Il faut être neutre, quitte à prendre un accent selon les rôles que l’on joue. Quoique, un acteur qui n’est pas du Sud et qui essaie de prendre l’accent du Sud, ce n’est pas possible, ça ne marche pas.
 
Vous est-il déjà arrivé de «péter les plombs» comme Christian Bale sur le tournage de «Terminator»?
Il m’en faut beaucoup pour m’énerver. J’ai horreur de travailler dans une ambiance conflictuelle, ça m’enlève tous mes moyens, ça me scie sur place. S’il y a trop d’électricité dans l’air, je préfère attendre que ça passe en m’éloignant. François Ozon l’a très bien compris. Quand  je riais avec Sergi Lopez avant de jouer une scène, il disait «mais concentrez-vous un peu!». Sauf que c’est ma façon de me concentrer. En étant dans la rupture. Pour jouer un personnage sombre, il faut que je déconne avant. Si je suis dans une ambiance déjà noire avant même de jouer, je suis épuisée avant de commencer.
 
François Ozon a dit: «J'ai plus de plaisir à travailler avec les actrices qu'avec les acteurs, elles acceptent plus facilement d'être regardées.» Qu’en pensez-vous?
C’est vrai qu’il y a quelque chose de plus compliqué chez les femmes. De plus tortueux. Or François Ozon ne s’intéresse pas à la simplicité.
 
Vous jouez sans maquillage dans le film. C’était pour montrer quoi?
C’est la crise, alors le rouge à lèvres, ça coûte cher... Je plaisante, la crise fait peur parce que le cinéma fait partie de la culture, un secteur qui pourrait en pâtir. On est sur un sol glissant dont on ne voit pas le fond. Il risque d’être plus difficile de monter des films historiques, avec des costumes par exemple. A la place, on verra peut-être augmenter le nombre de comédies avec des acteurs «bankables». Reste que, si les gens ne prennent de vacances à cause de la crise, ils iront davantage au cinéma, non?
 


David Pujadas regrette de ne plus avoir «Un gars une fille» pour lancer son JT de 20 heures. Qu’est-ce que cela vous inspire?
Avec Jean (Dujardin, ndlr), on ne regrette absolument pas! Après 4.500 épisodes, c’était assez. On est parti au bon moment, avant que cela s’effrite. Mais quand on est allé aux Seychelles tourner les derniers épisodes, on a senti qu’il fallait arrêter. On est arrivé là-bas avec 17 textes, on avait deux semaines pour en écrire 120 et les tourner. On se levait à 5 heures du matin, on écrivait, on jouait, on tournait. Bonjour les cernes!
 
Vous vivez et travaillez avec Jean Dujardin. On vous a vus jouer ensemble dans la pièce de théâtre «Deux sur la balançoire», dans des reportages pour la télé... Vous n’avez pas peur de trop vous montrer?
Jean et moi nous sommes connus par le boulot (sur le tournage d’«Un gars une fille», ndlr). On s’aime follement, on a besoin d’être à deux.
 
Quelles limites vous fixez-vous?
Je ne pourrai pas être nue pendant 1h30 dans un film. Donc le porno, non. Je suis très pudique en fait. Et je trouve qu’à force de mettre les nanas à poil dans les films, on perd en sensualité.