W., l'improbable président est un film surprenant. Le réalisateur de Nixon et de JFK aurait pu livrer une charge au vitriol sur l'actuel locataire de la Maison Blanche. Eh bien non, il a préféré se montrer plus subtil. « Dobeliou », selon Oliver Stone, ne serait qu'un petit garçon déguisé en politicien dans le seul but d'impressionner son papa qui le considérait comme un zéro pointé.
Le film retrace l'itinéraire de ce Texan un brin fin de race, de ses années de beuveries à sa rédemption dans le Bureau ovale. Il montre sans concession et sans hargne les bourdes à répétition de cet homme inculte et sûr de lui, largué dans la cour des grands avec la possibilité de changer le monde selon son caprice. Le réalisateur ne limite pas sa démonstration au portrait d'un homme. Il décrit également, avec une justesse remarquable, les rouages d'un système si puissant qu'il peut broyer le Président lui-même, ballotté à hue et à dia par des conseillers incontournables aux avis contradictoires. Des scènes impressionnantes de réunions plongent le spectateur dans le centre névralgique du pouvoir, montrant comment une poignée de politiciens peut changer le monde entre deux pauses café.
Si sa mise en scène se fait plus discrète, Oliver Stone n'a rien perdu de sa virulence lorsqu'il s'agit de dénoncer les erreurs d'un pays dont il souffre de ne plus être fier.