Philippe Guedj, journaliste et auteur du livre «Comics», sur les super-héros américains, analyse les raisons du succès de ces films.

Cet été, les films de super-héros occupent les premières places du box-office américain. Pourquoi un tel retour en grâce?
On assiste à un renouveau du genre, amorcé en 1998 par «Blade» et qui a vraiment pris de l’envergure avec «X-Men», en 2000. C’est à cette période que les progrès techniques ont permis de nouveaux effets spéciaux, capables de retranscrire fidèlement les bandes dessinées originelles. Cet obstacle levé, les studios hollywoodiens ont pu se saisir de ce genre, tomber un peu en désuétude.

Surtout, les scénaristes, producteurs et réalisateurs d’aujourd’hui sont ceux qui ont grandi avec les comics. Ils sont avant tout fans de cet univers et en maîtrisent les codes. D’où des films plus aboutis, pensés d’abord pour les fans et non par pur intérêt commercial. Enfin, les castings des films, essentiellement composés de petits nouveaux au début, ont aussi beaucoup évolué. Des stars comme Edward Norton ou Tim Roth sont à l’affiche du prochain «Hulk», Robert Downey Junior est «Iron man»… Tourner dans un film de super-héros n’est plus ringard.

Certains films, comme «Les 4 fantastiques», «Daredevil» ou encore «Catwoman» ont pourtant été des bides…
Ces échecs s’expliquent par un manque de connaissance de l’univers d’origine. Les studios ont donc compris qu’ils avaient intérêt à proposer des adaptations de qualité car le public est devenu plus exigeant. Ils vont donc chercher des pointures parmi les réalisateurs, comme Bryan Singer, Sam Raimi ou Christopher Nolan.

Nous sommes également dans une tendance où il est nécessaire d’inscrire ces supers héros dans un contexte réaliste. Dans «Iron man» par exemple, le réalisateur Jon Favreau s’est attaché à rendre l’armure du héros crédible. Il s’agit de sortir le héros de son univers de bande dessinée pour l’ancrer dans un réel compréhensible même pour les non-initiés. Il est aussi important que les personnages disposent d’une certaine épaisseur.

La profusion de ces films est-elle liée aux attentats du 11-Septembre?
On dit souvent que les supers héros n’ont jamais autant de succès qu’en période de crise. On observe des pics popularité à des périodes bien précises. Ainsi, «Superman» a été créé en 1933, par Jerry Siegel et Joe Shuster. L’Amérique fait face aux conséquences de la Grande Dépression et l’Europe assiste à la montée du nazisme. Plus tard, les comics connaissent leur apogée au moment de la Seconde guerre mondiale. Des coïncidences existent mais je ne saurais pas dire si cela est vrai.

Plusieurs films de super-héros sont en préparation. Ne risque-t-on pas la saturation?
Marvel, qui est l’un des deux plus grands éditeurs de comics aux Etats-Unis, a créé son propre studio pour ses adaptations, une dizaine serait en cours. Nous allons effectivement bouffer du super-héros pendant au moins les cinq prochaines années. Alors que les cadors du genre ont été maintes fois exploités, le risque pour les studios est de centrer leurs films sur des personnages secondaires, voire inconnus, auxquels le public n’accrochera pas. Mais tant que les films seront bons, ils trouveront leur public.

 

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