C’est une histoire vraie qui commence comme un roman à l’eau de rose et s’achève en film noir. Le destin tragique de Paul Grappe, poilu déserteur devenu travesti sur une idée de Louise, sa femme, afin d’échapper aux massacres de la Grande guerre, a déjà été raconté par Fabrice Virgili et Danièle Voldman dans un livre, La Garçonne et l’Assassin (Payot 2011). Chloé Cruchaudet l’a adapté en BD en 2013 (Mauvais genre, Delcourt). Le voilà cette fois porté à l’écran dans Nos années folles par André Téchiné.

Paul aime Louise qui l’aime en retour et qui pourtant, va se travestir, poussé par sa femme, par le désir de ne pas se faire tuer et qui va se prendre au jeu et même en tirer du plaisir… Pierre Deladonchamps et Céline Sallette excellent à incarner la transgression, l’incandescence des corps et le désir dans tout ce qu’il provoque d’équivoque.

Ce n’est bien évidemment pas la première fois qu’un homme se travestit dans un film, de Mam’zelle Charlot (1915) à Tootsie (1982), en passant par Certains l’aiment chaud (1959). Mais l’ambiguïté du plaisir ressenti a rarement été évoquée de manière aussi troublante.

Confusions des genres

En tant que cinéaste ouvertement homosexuel, on imagine qu’André Téchiné devait avoir en tête les questions soulevées dans l’actualité autour des notions de genres et d’identités. « Oui bien sûr, confie-t-il, mais ce n’était pas là mon principal souci. J’ai surtout cherché à respecter la vérité historique et la réalité de cet homme qui, poussé par sa femme, choisit de se travestir plutôt que de servir de gibier d’état pendant la première guerre mondiale. » Une fausse identité, une vie de libertinage et de plaisirs défendus, contre l’assurance de mourir au front. Paul joue le jeu, encouragé par sa femme qui ne sait pas dans quelle spirale infernale elle le pousse…

Au-delà du portrait de Paul Grappe et son épouse, Nos années folles dresse celui d’une époque et l’invraisemblable libération des mœurs qui la caractérise. C’est ce vent de liberté qui paradoxalement, lorsque leur comportement subversif devient mainstream, va conduire les héros à leur perte. « Il y a de la gaîté dans ce film, mais son issue est fatale », prévient Téchiné, sans vouloir trop spoiler une histoire déjà connue.

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