« L’Assemblée » de Nuit debout s’exprime à l'autre festival de Cannes

MILITANT La documentariste Mariana Otero a présenté à Visions Sociales, ce lundi, « L’Assemblée », un film sélectionné par l’Acid à Cannes, sur le mouvement Nuit debout qui atteste d’une soif de démocratie…

Anne Demoulin

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«L'Assemblée» fait revivre "Nuit Debout" de l'intérieur, (photo de laPlace de la République, le 15 mai  2016)

«L'Assemblée» fait revivre "Nuit Debout" de l'intérieur, (photo de laPlace de la République, le 15 mai 2016) — Geoffroy Van der Hasselt AFP

A la bonne franquette, loin des paillettes. A quelques encablures de la Croisette, le festival Visions Sociales, organisé par les Activités Sociales de l’énergie, présente jusqu’au 27 mai au Château des mineurs à Mandelieu-La Napoule un cinéma militant et engagé.

Loin du bling-bling de la montée des marches, cette 15e édition de Visions Sociales, parrainée par Stéphane Brizé, le réalisateur de La Loi du marché, réunit des films qui agitent notre société dont certains sont sélectionnés par les partenaires de l’événement, l’Acid (l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion), la Quinzaine des Réalisateurs, et le Festival de Cannes Cinéfondation - Un Certain Regard.

Ce lundi, Mariana Otero y présentait « la première projection publique » de son documentaire sur le mouvement Nuit debout, né dans les sillages des manifestations contre la loi travail en 2016, L’Assemblée.

« Il se passait quelque chose d’extraordinaire »

« J’ai assisté en tant que citoyenne le 31 mars à Nuit Debout, le lendemain, le fameux “32 mars”, j’ai senti qu’il se passait quelque chose d’extraordinaire, d’inédit. J’ai décidé de prendre ma caméra », raconte à 20 Minutes la cinéaste juste avant la projection. Au départ, la réalisatrice pense qu’elle postera quelques vidéos en ligne pour rendre compte des diverses commissions et initiatives qui se multiplient chaque jour sur la place.

« Au début, ce n’était pas évident de filmer, il y avait beaucoup de médias et une méfiance vis-à-vis de ces derniers. J’ai dû trouver ma place », confie la réalisatrice, qui a même été arrêtée le 5 juillet par des CRS en plein tournage.

« Comment faire en sorte que la parole circule ? »

La réalisatrice se concentre sur la commission démocratie, chargée de réfléchir au bon fonctionnement et à l’organisation de l’assemblée de Nuit debout. « Comment faire en sorte que la parole circule ? Comment se transmet-elle ? Comment se transforme-t-elle ? », détaille la cinéaste. Deux minutes de temps de parole par intervenant, ça suffit ? Parlons-nous en tant que Nuit debout ? Le micro doit-il être ouvert à tout le monde, au risque que l’assemblée soit sans fin ?

« Un débat passionnant » et une plongée au cœur des problématiques la démocratie directe. « Comment construire quelque chose ensemble tout en considérant chacun dans sa singularité ? Comment réinventer le collectif ? », poursuit la réalisatrice.

Pas d’interview, pas de voix off, des scènes d’assemblées, des scènes de commissions, des moments d’échanges, de vie. 70 heures de rush pour un film d’1h40. Et un bilan : « Nuit debout a permis à une toute génération de se politiser, de réfléchir à comment faire de la politique autrement, à penser à la question de la refonte de nos institutions. Le désir de penser le collectif était beau », conclut la cinéaste.