La salle où se déroule l'expérience de Carne Y Arena
La salle où se déroule l'expérience de Carne Y Arena - Emmanuel Lubezki

On en ressort en larmes. Carne y Arena, l’installation que le cinéaste mexicain Alejandro González Iñárritu inaugure à Cannes est un choc puisqu’il utilise la réalité virtuelle pour plonger le visiteur au milieu de migrants mexicains. « Je m’y suis vraiment vu avec mes enfants », avoue un journaliste britannique. Dire que l’expérience est traumatisante est au-dessous de la réalité. Si elle ne peut, bien évidemment, pas se comparer aux épreuves réelles de ceux qui ont tout quitté pour tenter de passer aux Etats-Unis, elle en donne une bonne impression.

A l’aérodrome

C’est une salle spécialement aménagée dans l’aérodrome de Cannes — Mandelieu, à quelques kilomètres de la Croisette, que le réalisateur de The Revenant et de Babel a installé une immense structure dans laquelle les spectateurs sont entraînés un par un. Après avoir été invité à se déchausser, chacun attend, seul, quelques minutes dans une salle sinistre, copie de celle où sont parqués les réfugiés. L’angoisse monte. Cela semble interminable. Une alarme sonne. On doit alors entrer dans une pièce au sol recouvert de sable. L’expérience commence : le visiteur est devenu un migrant.

Sous le sceau du secret

Conteur surdoué, Iñárritu souhaite que le secret soit respecté autour des détails des péripéties qu’il a réservées au spectateur. Pieds nus, coiffé d’un casque de réalité virtuelle et harnaché avec un sac à dos, ce dernier se retrouve en plein désert entre policiers et migrants pendant six minutes trente vraiment éprouvantes. On y croit tellement qu’on finit - littéralement - sur les rotules. « La Réalité virtuelle est tout ce que le cinéma ne peut pas être et vice-versa », précise le réalisateur dans sa note d’intention. C’est en effet une véritable aventure humaine totalement immersive qu’il propose.

La salle d'attente de Carne y Arena
La salle d'attente de Carne y Arena - CVié

Dans les bras d’Iñárritu

Pour concevoir son projet qui ouvrira le mois prochain à Milan, le cinéaste a rencontré et filmé de vrais migrants. Ce sont eux qu’on retrouve dans Carne Y Arena puis dans une exposition de photos narrant leur vie à la sortie. S’il refuse de répondre à la presse pour préserver le mystère, Alejandro González Iñárritu veille au grain. Il est même là, dans un coin, à surveiller le bon déroulement des opérations et à recevoir quasi dans ses bras, les festivaliers bouleversés. On met un petit moment à s’en remettre, les genoux flageolants et les yeux embrumés.

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