Le Festival de Cannes bon pied, bon œil : Je me lève sur la Croisette mais je me crois à Roubaix

PREMIER JOUR Les films de Cannes, on peut les attendre avec impatience ou avec l’assurance d’être déçu. Et si ça dépendait tout simplement de quel pied on s’est levé ?

De notre envoyé spécial à Cannes, Stéphane Leblanc

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Vue de l'hôtel Martinez à Cannes en mai 2017.

Vue de l'hôtel Martinez à Cannes en mai 2017. — Arthur Mola/AP/SIPA

Le réveil sonne, il est 7 heures au Festival de Cannes. Avec un peu d’anticipation, imaginons que la journée ait déjà commencé…

Mercredi 17 mai. Je me lève du pied droit et il fait beau.

Les paparazzis actionnent déjà leurs appareils avec un bruit doux. Les premiers selfies rayonnent de soleil. A coup sûr, la projection du matin des Fantômes d’Ismaël sera ovationnée à tout rompre.

Mathieu Amalric et Arnaud Desplechin en promo pour Les Fantômes d'Ismaël en mai 2017
Mathieu Amalric et Arnaud Desplechin en promo pour Les Fantômes d'Ismaël en mai 2017 - S.LEBLANC / 20 MINUTES

 

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En conférence de presse, Arnaud Desplechin sera rassuré, il pourra balayer ses doutes du revers de la main. Charlotte Gainsbourg sourira, Mathieu Amalric et Marion Cotillard aussi.

Plus tard, Pedro Almodóvar et son jury annonceront leur intention de primer la qualité avant tout : « On n’est pas là pour faire de la figuration, lancera le réalisateur espagnol. On va faire de notre mieux pour récompenser les meilleurs films… »

Le soir, Monica Bellucci apparaîtra sur la scène du Grand théâtre Lumière, sans rien cacher, ni de sa force, ni de sa fragilité. Elle pourra déclarer ouvert le 70e Festival de Cannes. 2017 promet d’être une grande année.

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Ou alors… Mercredi 17 mai. Je me lève du pied gauche et il pleut.

La pluie va même tomber sans discontinuer toute la journée. Et ce ne sont pas Les Fantômes d’Ismaël qui vont réchauffer l’ambiance. Le film d’Arnaud Desplechin sera projeté dans une indifférence glaçante. Aïe, aïe, aïe ! Charlotte Gainsbourg affichera devant la presse sa tête des mauvais jours…

Le cinéaste insistera sur ce qu’il nous avait confiés la veille à demi-mot : « Cette version du film n’a rien à voir avec celle que je revendique. On a insisté pour que je supprime des scènes, mais ces vingt minutes de coupes manquent cruellement. »

Et Desplechin d’ajouter dans un râle sourd : « Vous seriez bien avisés de quitter la Croisette sur le champ et de voir plutôt la version longue, à Paris au Cinéma du Panthéon, ou dans les quelques salles qui le projettent en région. Quant à moi, si j’avais su j’serais pas venu. Je serais resté chez moi à Roubaix. »

Plus tard, le flamboyant matador Pedro Almodóvar ne pourra s’empêcher de lancer une pique : « Je vais tâcher de faire en sorte d’être un peu plus juste que mes prédécesseurs, qui n’ont jamais reconnu mes films à leur juste valeur. » Arnaud et Pedro, même combat amer et rancunier.

Le soir en coulisse, la si forte et si fragile Monica Bellucci serrera les dents. Dehors, il continuera de pleuvoir. C’est un ballet de parapluies qui montera les marches. Et si la fête était gâchée d’avance ?

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