Alain Gomis : «Félicité n’est pas une sainte, mais une orgueilleuse que la vie a endurcie»

DRAME Avec « Félicité », Alain Gomis offre un magnifique portrait de mère courage dans un film maintes fois primé, tourné à Kinshasa…

Caroline Vié

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Véronique Beya Mputu dans Félicité d'Alain Gomis

Véronique Beya Mputu dans Félicité d'Alain Gomis — Jour2fête

Alain Gomis brosse un portrait de femme magistral avecFélicité, Ours d’argent à Berlin et Étalon d’or au Fespaco de Ouagadougou. Son héroïne, chanteuse à Kinshasa, fait tomber son masque de femme indomptable pour soigner son fils, victime d’un grave accident.

« Félicité n’est pas une sainte, explique le réalisateur à 20 Minutes. C’est une orgueilleuse que la vie a endurcie au point qu’elle ne peut même plus se laisser aimer. » Le spectateur est vite ému par cette battante capable de s’humilier devant un patron de bar pour glaner quelques billets de banque.

Une force de la nature

Félicité, c’est Véronique Beya Mputu, force de la nature et actrice non-professionnelle qu’Alain Gomis a découverte au cours d’un casting. « Elle possède ce don inexplicable de donner l’impression qu’on ne filme pas une fiction, que les choses sont vraiment en train d’arriver. » Le réalisateur d’Aujourd’hui (2013) suit son héroïne au plus près dans les rues de la ville, où elle espère réunir la somme nécessaire pour sauver la jambe de son enfant. « J’ai connu beaucoup de femmes comme Félicité, de celles qui tiennent les murs pour toute la maisonnée », souligne le cinéaste.

Un tournage africain

Tourné en sept semaines au Sénégal, ce film puissant se place du côté de cette mère courageuse se laissant doucement conquérir par un homme un peu porté sur la bouteille, mais qui saura lui porter secours. « J’ai voulu que mon histoire rende hommage à ce qu’il y a de plus beau dans l’humain, qu’il ne soit pas trop optimiste, mais pas déprimant non plus », insiste Alain Gomis. La première partie confronte l’héroïne à son épreuve tandis que la seconde, plus personnelle, flirte avec le cinéma expérimental pour faire partager ses sentiments. « Il ne fallait surtout pas tomber dans l’exploitation de sa douleur. »

Un film à partager

Si Félicité sort ce mercredi dans les salles françaises, le réalisateur partira le projeter lui-même au Sénégal, partout où il le pourra. « C’est la meilleure façon de pouvoir échanger avec les gens, précise-t-il et de s’enrichir de leur expérience et puis les salles de cinéma existent de moins en moins en Afrique où les multiplexes passent principalement des films américains. » Ce cinéaste passionné prépare maintenant l’adaptation d’une œuvre dont il garde encore le titre secret mais qui semble déjà le faire vibrer.