Carte ciné illimitée: Dites-moi comment vous l'utilisez, je vous dirai qui vous êtes

PRATIQUE Dix ans après la fusion de la carte UGC illimitée avec l’offre de MK2, « 20 Minutes » a recueilli vos témoignages sur les changements dans votre comportement au cinéma…

Claire Barrois et Inès Chapon

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Posséder une carte de cinéma illimité permet de multiplier les séances, mais pas toujours pour voir des films.

Posséder une carte de cinéma illimité permet de multiplier les séances, mais pas toujours pour voir des films. — johnyksslr / Pixabay

Dix ans que l'illimité au cinéma s'est vraiment répandu en France. Le contrat signé, le prix d’environ deux places payé pour le mois (21,90 euros chez UGC, 23,50 euros chez Gaumont-Pathé), c’est parti pour squatter le cinéma allègrement. Le squatter, oui. Allègrement, au début, certes. Pour voir des films, là, c’est beaucoup moins sûr. Une fois sa carte illimitée en poche, difficile de faire coller la réalité avec ce qu’on avait imaginé.

Grâce à la carte, on peut tout voir

L’illimité, ça ouvre le champ des possibles, et rien que ça, ça veut dire beaucoup. Le système de forfait évite, par exemple, à Morgane, une internaute de 20 Minutes, de limiter ses sorties à cause du prix de la place : « Avec mon copain, nous avons une carte pass duo Gaumont pour aller au cinéma à deux en illimité. On voit environ un film par semaine depuis un an. Il nous est arrivé d’avoir des périodes où nous n’y allions pas pendant plusieurs mois, mais, même avec ces périodes de creux, on est gagnant financièrement. »

Pour Emmanuel Ethis, recteur de l’académie de Nice, professeur de sociologie du cinéma à l’université d’Avignon, la potentialité n’a pas de prix. « Posséder une carte de cinéma illimité projette une représentation qu’on se fait de nous-mêmes, explique l’auteur de Sociologie du cinéma et de ses publics (Ed. Armand Colin, 2014, 3e édition). On apparaît comme des cinéphiles avant même d’être allé au cinéma. Cette carte, matérialisée dans le portefeuille qui plus est, nous apparaît comme un doudou, un objet rassurant. »

Grâce à la carte, on peut partir quand on veut

Autre pouvoir de la carte, celui de profiter d’un film à sa guise : en théorie, aucun problème pour voir 15 fois La La Land sur lequel on a flashé, ou pour avoir osé ne passer que 5 minutes en salle pour toutes les suites de comédies françaises sorties en 2016. Pas d’obstacle non plus à aller voir tout ce qui sort. D’autres ont trouvé un emploi complètement différent à leur carte illimitée. Certains s’en servent pour utiliser les toilettes du cinéma, d’autres parce que les fauteuils confortables plongés dans le noir sont idéaux pour faire la sieste.

C’est le cas de Maxime. « J’utilise ma carte à 90 % pour aller voir des films qui me plaisent, mais quand j’ai vraiment envie de dormir, je choisis un film qui ne fait pas appel à mes neurones ni à ma concentration, Cet été, je suis allé voir plusieurs fois Camping 3 par exemple. Mais un film d’art et d’essai peut être encore mieux, parce que je sais que je ne vais pas me faire réveiller par de la musique trop forte. » Pas de problème non plus pour ne voir qu’une heure d’un film quand il a peu de temps, quitte à y retourner s’il a aimé.

Avec la carte, on revient presque tous à nos vieilles habitudes

« Le mot "illimité" a un pouvoir marketing magique, quand il est inscrit sur une carte, on se dit qu’on peut tout faire avec, explique Emmanuel Ethis. Les statistiques [tenues secrètes par les exploitants] montrent que les premiers mois entraînent une utilisation saturée, un rythme effréné. Puis les gens sont rattrapés par le temps et reviennent à la base de leur pratique. » La raison ? Difficile de se prendre de passion pour les films d’auteur quand on aime les films d’action américains ou de se mettre à ne consacrer ses soirées qu’au cinéma quand on sort beaucoup, sous prétexte qu’on ne paie pas pour y assister.

Antoine en est la preuve vivante. A 28 ans, il vient de retrouver un emploi. « J’ai pris une carte quand j’étais au chômage, car j’avais beaucoup de temps libre, raconte le jeune homme. Mais depuis quatre mois, je n’ai pas remis les pieds dans un cinéma. Je sais que je devrais l’annuler pour ne plus payer pour rien, mais je crois toujours que je vais retourner au cinéma le mois suivant et rentabiliser mon abonnement. »

Lancées au moment de l’explosion du téléchargement illégal au début des années 2000, les cartes illimitées ont permis aux exploitants de faire face à une concurrence importante avec un dispositif financièrement attractif. « Mais la carte illimitée change peu la structure du public, estime Marc Filser, professeur de gestion à l’IAE de Dijon. Elle peut inciter à des pratiques plus intenses, l’abonnement permet également une sensibilisation du public déjà concerné, mais elle ne permet pas vraiment de capter des nouveaux publics qui n’allaient pas au cinéma auparavant. »