Roman Polanski ne présidera finalement pas la 42e cérémonie des César
Roman Polanski ne présidera finalement pas la 42e cérémonie des César - Gola/PRS/ENPOL/SIPA

« Attristé », Roman Polanski a pris la décision de renoncer aux César. Le 24 février, le réalisateur de Rosemary’s baby devait présider la 42e cérémonie des récompenses du cinéma français, et succéder ainsi à Claude Lelouch. Mais cette présidence n’aura pas lieu. La polémique (jugée « injustifiée » par Polanski) ayant suivi sa nomination mercredi dernier, ainsi qu’une pétition et des appels à manifester d’associations féministes, l’auront finalement fait plier.

La raison de cette gronde ? Une affaire de viol datant de 1977 pour laquelle la justice américaine poursuit encore le réalisateur franco-polonais. Retour sur quatre décennies d’affaire Polanski.

>> A lire aussi: César: Comment les féministes ont mobilisé le Web pour faire renoncer Polanski à présider

1977: Accusations de viol. Le 15 avril 1977, débute le procès pour viol de Roman Polanski. Samantha Geimer, 13 ans, accuse le réalisateur alors âgé de 43 ans et déjà mondialement connu (notamment pour Rosemary’s baby et Chinatown), de l’avoir droguée, puis violée dans un jacuzzi lors d’une séance photo chez Jack Nicholson (absent à ce moment-là), le 10 mars de la même année. Poursuivi pour « fourniture de substance réglementée à une mineure », « actes obscènes sur un enfant de moins de 14 ans », « relations sexuelles illégales », « viol par usage de drogue », « perversion » et « sodomie », Roman Polanski plaide non-coupable.

1977: Incarcération et fuite. Afin d’éviter un procès, la famille de Samantha Geimer et Roman Polanski passent un accord : le réalisateur accepte de plaider coupable pour « rapports sexuels illégaux », si les autres charges sont abandonnées. Le juge le condamne à trois mois de prison pour subir des « examens mentaux ». Il passera 42 jours dans la prison de Chino près de Los Angeles. Libéré sous caution, il s’enfuit du territoire américain pour Paris en janvier 1978 avant que le verdict soit prononcé, craignant d’être lourdement condamné. Polanski, qui ne retournera jamais aux Etats-Unis, est alors visé par un mandat d’arrêt.

1984: Relation sexuelle, oui, viol, non. Dans ses Mémoires (1984), Roman par Polanski, le cinéaste franco-polonais reconnaît une relation sexuelle avec une jeune fille de 13 ans aux Etats-Unis lors d’un reportage photos, mais dément l’avoir violée.

1988: Dommages et intérêts. Onze ans après les premières accusations de viol, Samantha Geimer porte plainte au civil. Roman Polanski lui aurait alors versé 225.000 dollars de dommages et intérêts et aurait mis fin au procès, tel que le rapporte le site de L’Obs.

1994: Refus d’absolution. Alors que Roman Polanski demande l’autorisation de refouler le sol américain, le procureur Roger Gunson en charge du dossier refuse d’absoudre le réalisateur, et exige qu’il se présente à la cour pour être jugé.

2003: Le pardon. Samantha Geimer, à qui le réalisateur a envoyé une lettre d’excuses et versé de l’argent, a réclamé à plusieurs reprises l’abandon définitif des poursuites, voulant tourner la page une fois pour toutes. Elle affirme dans ses mémoires avoir pardonné à Polanski : « Je ne lui ai pas pardonné pour lui, je l’ai fait pour moi ». Si elle lui accorde le pardon, elle réaffirme tout de même les accusations de viol.

2009: Assignation à résidence. Après plusieurs décennies passées en France, où il réside, Polanski est brutalement rattrapé par son passé le 26 septembre 2009. Arrêté à Zurich en vertu d’un mandat international lancé par la justice américaine, il passe deux mois en prison en Suisse, puis huit mois assigné à résidence dans son chalet à Gstaad. En juillet 2010, la Suisse rejette la demande d’extradition des Etats-Unis où il est toujours poursuivi pour viol.

>> A lire aussi: Affaire Polanski: Samantha Geimer serait prête à témoigner au procès d'extradition

2016: La Pologne clôt la procédure d’extradition. Nouveau rebondissement à l’automne 2014, quand Roman Polanski est interpellé à Varsovie. La Pologne refuse son extradition mais, fin mai 2016, le pouvoir conservateur rouvre la procédure, qui sera finalement close par la Cour Suprême, en décembre. En mai 2016, l’affaire est évoquée également lors du Festival de Cannes, l’incapacité de Polanski à tourner aux Etats-Unis étant raillée implicitement par le comédien Laurent Lafitte. Le comédien présentera ses excuses par la suite.

2017: Le tollé des César. A la suite de nombreuses protestations et malgré quelques soutiens de personnalités publiques, Roman Polanski renonce à présider les César. En 2014, le réalisateur avait déjà renoncé à une cérémonie, celle du Festival du film de Locarno où il devait être honoré, par crainte « des tensions et des controverses » sur sa participation.

>> A lire aussi: Polanski président des César? «Choquant», pour la ministre des Droits des femmes Laurence Rossignol

 

Mots-clés :