Le génie polonais Andrzej Wajda, réalisateur de «Danton» avec Depardieu, est mort

DISPARITION Palme d'or en 1977, récompensé par un Oscar en 2000 pour l’ensemble de son œuvre, le réalisateur s'était fait le chantre de l'histoire de son pays...

20 Minutes avec AFP

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Le réalisateur polonais Andrzej Wajda, photographié le 17 décembre 2007, est mort le 9 octobre 2016 à l'âge de 90 ans.

Le réalisateur polonais Andrzej Wajda, photographié le 17 décembre 2007, est mort le 9 octobre 2016 à l'âge de 90 ans. — Czarek Sokolowski/AP/SIPA

Après Andrzej Zulawski en février, la Pologne a perdu dimanche un autre de ses éminents réalisateurs. Andrzej Wajda est décédé à l’âge de 90 ans d’une insuffisance pulmonaire à Varsovie. Hospitalisé depuis plusieurs jours, il se trouvait dans un coma pharmacologique. Il aura été pendant toute sa vie le chantre de la difficile histoire polonaise à laquelle il a su donner une dimension universelle, récompensée par un Oscar en 2000 pour l’ensemble de son œuvre.

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Né le 6 mars 1926 à Suwalki (nord-est), Andrzej Wajda veut suivre l’exemple de son père, militaire de carrière, et tente, sans succès, d’entrer en 1939 dans une école militaire, à la veille de la Seconde Guerre mondiale Pendant l’occupation nazie, il commence à suivre des cours de peinture qu’il prolongera après la guerre à l’Académie des Beaux-Arts de Cracovie, avant d’entrer dans la célèbre école de cinéma à Lodz.

Ses premiers films sont imprégnés de l’expérience douloureuse de la guerre, de la résistance polonaise contre les nazis.

« Ecole polonaise de cinéma »

Son premier long-métrage Génération (1955), un récit portant sur le sort de jeunes des faubourgs de Varsovie pendant l’occupation, a donné naissance à la célèbre « Ecole polonaise de cinéma », courant où l’on entreprenait un débat sur l’héroïsme et le romantisme polonais.

En 1957, Andrzej Wajda obtient à Cannes le Prix spécial du Jury pour son chef-d’œuvre sur l’insurrection de Varsovie en 1944, Kanal (Ils aimaient la vie).

« Ce fut le début de tout », avoua-t-il cinquante ans plus tard. « Cela m’a permis de faire ce qui devait être mon film suivant, Cendres et diamant (1958). Il m’a donné une position forte dans le cinéma polonais ».

Sauvé par la Palme d'or

En 1977, il présente au Festival de Cannes L’Homme de marbre, critique de la Pologne communiste, à qui il donne une suite trois ans plus tard dans L’Homme de fer.

Le film, racontant pratiquement en temps réel l’épopée de Solidarité, premier syndicat libre du monde communiste, est récompensé par la Palme d’or à Cannes.

« Le jour de la Palme a été très important dans ma vie, bien sûr. Mais j’étais conscient que ce prix n’était pas uniquement pour moi. C’était aussi un prix pour le syndicat Solidarité », a-t-il expliqué.

Alors que ses nombreux amis sont emprisonnés lors du coup de force du général Wojciech Jaruzelski contre Solidarnosc en décembre 1981, cette Palme d’Or le sauve de la prison.

Ses prises de position hostiles au régime de Jaruzelski l’incitent à réaliser des films à l’étranger.

Il tourne alors Danton (1983) avec Gérard Depardieu, Un amour en Allemagne (1986), ou Les Possédés (1988) d’après Dostoïevski.

Après la chute du communisme en 1989, Andrzej Wajda revient à l’histoire avec notamment Korczak (1990).

Son dernier film n'est pas encore sorti

Dans Katyn, nommé à l’Oscar en 2008, il raconte l’histoire tragique de son propre père, Jakub Wajda, qui fut l’un des 22 500 officiers polonais massacrés par les Soviétiques en 1940, notamment à Katyn. Capitaine d’un régiment d’infanterie de l’armée polonaise, il fut exécuté d’une balle dans la nuque par le NKVD, la police secrète de Staline.

Amoureux du théâtre, Andrzej Wajda a également mis en scène une quarantaine de pièces, dont plusieurs présentées à l’étranger.

En 2002, il avait lancé sa propre école de cinéma et d’écriture de scénarios.

Son dernier film, Powidoki (Après-image, 2016), qui a eu sa première en septembre au Festival de Toronto et qui n’est pas encore sorti en salle, sera le candidat polonais à l’Oscar. Wajda y raconte les dernières années de la vie d’un peintre d’avant-garde et théoricien de l’art, Wladyslaw Strzeminski, en lutte contre le pouvoir stalinien.