Sandra Hüller et Peter Simonischek dans Toni Erdmann
Sandra Hüller et Peter Simonischek dans Toni Erdmann - Haut et court

Même s’il reste à voir la moitié des films de la compétition, on ne voit pas comment la Palme d’or pourrait échapper à Toni Erdmann. Voici nos sept arguments imparables…

C’est une comédie

Toni Erdmann est une comédie, un genre rarement retenu en compétition. Une comédie réaliste, certes, mais pleines de dérapages un peu dingues et de scènes hilarantes. On a rarement vu les festivaliers cannois, plutôt snobs et culs serrés, applaudir au milieu d’un film. Ma Loute aussi fait rire, pour son humour absurde, mais ce film n’a pas vraiment convaincu les professionnels étrangers qui n’ont souvent pas reconnu Fabrice Luchini ni compris les intentions de Bruno Dumont.

La critique est unanime

Le Monde parle de « moment cannois inouï » et on est bien d’accord. Le film recueille une moyenne élevée de 3,8 sur 5 pour la presse étrangère, selon la revue Screen, et mérite la palme d’or pour six des quinze journalistes sondés par Le Film français, loin devant les neuf autres films vus jusqu'alors. Historiquement, la critique n’est pas toujours en phase avec le jury, mais la dernière grande unanimité, en 2013,  avait permis à La Vie d’Adèle de l’emporter avec éclat.

Les étoiles des critiques
Les étoiles des critiques - S.LEBLANC / 20MINUTES

Des préoccupations dans l’actualité

On retrouve concentré dans ce film les grands thèmes disséminés dans la plupart des autres. Il est question de libéralisme et de mondialisation, comme dans Moi, Daniel Blake de Ken Loach, mais vu du côté des responsables des destructions d'emplois et non des victimes, ce qui permet d'atténuer tout manichéisme. Et ramener vers la réalité d’aujourd’hui le sujet de la lutte des classes évoqué de façon plus schématique dans Ma Loute ou Mademoiselle de Park Chan-wook…

Un tandem père-fille dysfonctionnel

Les familles dysfonctionnelles sont de tous les films de cette édition. Toni Erdmann est le nom d’emprunt d’un père qui tente de reconquérir l’affection de sa fille, alors que la famille ne sait plus se parler dans SieraNevada de Cristi Puiu, qu’une mère impose à Marion Cotillard d’épouser le premier venu dans Mal de pierres de Nicole Garcia; qu'une autre, dans Loving de Jeff Nichols, reproche à son fils de s'être attiré des ennuis en épousant une femme noire dans l'Etat raciste de Virginie; ou qu’un grand-père tente de coucher avec le père de son petit-fils dans Rester vertical d’Alain Guiraudie. Et on ne parle pas des rapports entre les bourgeois consanguins de Ma Loute

Du sexe cru et de la nudité

L’irrésistible « naked party » improvisée et le rapport sexuel emprunt de cynisme où l’héroïne demande à son partenaire d’éjaculer sur un petit four, c’est dans Toni Erdmann et pas ailleurs… Entre impudeur, loufoquerie et provocation, le film de Maren Ade se situe entre les films plus francs du bas-ventre comme Rester Vertical ou Mademoiselle et les plus chastement dénudés comme Ma Loute ou Mal de pierres.

Sandra Hüller dans le film Toni Erdmann
Sandra Hüller dans le film Toni Erdmann - HAUT ET COURT

Un décor roumain

La Roumanie est une destination à la mode au milieu du cinéma et Maren Ade a justement choisi de planter l’action de son film à Bucarest. « Une ville que les Allemands ont investie après la chute du mur, a-t-elle expliqué en conférence de presse, mais qui reste suffisamment dépaysante pour montrer le décalage entre la fille qui y travaille et son père qui débarque à l’improviste d’Allemagne. » Par ailleurs, Maren Ade ne cache pas son admiration pour le nouveau cinéma roumain emmené par Cristian Mungiu ou Cristi Puiu, tous deux également présents en compétition.

Un film de femme décomplexée

« C’est un film féministe, puisque je suis une femme, mais décomplexé par rapport à ce sujet », nuance Maren Ade. A l’image de son héroïne qui, à un moment, lance un glaçant « si j’avais des convictions féministes, je ne travaillerais pas pour vous ». Le jury de George Miller sait qu’il marquera les esprits en primant une femme intelligente, drôle et délurée alors que Jane Campion reste, à ce jour, la seule femme réalisatrice a n’avoir jamais remporté la palme d’or, il y a 23 ans pour La leçon de piano. Ce même jury sera sans doute moins sensible au fait que la dernière palme remise a un cinéaste allemand remonte à 32 ans:  C'était pour Paris Texas, signé Wim Wenders mais tourné aux Etats-Unis.

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