Fleur Bellerin le 3 février 2016 à Beverly Hills
Fleur Bellerin le 3 février 2016 à Beverly Hills - Kevin Winter/Getty Images/AFP

Elle a fait voter une extension du crédit d’impôt de 20 à 30 % pour les films et le relèvement de son plafond à 30 millions d’euros… Fleur Pellerin explique à 20 Minutes pourquoi sa visite aux studios hollywoodiens était essentielle pour faire revenir les tournages de films étrangers en France. Et pourquoi on aurait tout à gagner à prendre exemple sur les Etats-Unis pour former des showrunners à la française. Nous lui avons également demandé des nouvelles du futur festival des séries et de la réforme de la réglementation sur la classification des films…

Pourquoi êtes-vous allée défendre l’extention du crédit d’impôt auprès des studios hollywoodiens ?

Pour rapatrier un certain nombre de tournages en France, alors qu’on assistait ces dernières années à une délocalisation au Royaume-Uni, en Belgique, au Luxembourg ou dans les pays de l’Est où les conditions étaient plus avantageuses. Ce qu’on observe depuis que la hausse du crédit d’impôt a été annoncée mais surtout depuis qu’elle est entrée en vigueur au 1er janvier, c’est un très fort mouvement de relocalisation des tournages en France, pas seulement des tournages américains - je rentre de Los Angeles, mais j’étais la semaine précédente en Inde où cette annonce d’extention du crédit d’impôt a incité une superproduction de Bollywood à venir passer onze semaines en France pour y investir 80 millions d’euros.

Concrètement, quel est intérêt de voir les équipes étrangères tourner en France ?

Cela crée des emplois ! Cela permet de maintenir en France des savoir-faire techniques extrêmement précieux pour la qualité et le rayonnement de notre cinéma. J’ajoute, même si c’est difficile à quantifier, que tous les films tournés en France incitent des touristes étrangers à venir visiter notre pays. Les effets bénéfiques sont massifs.

Comment quantifier ces bénéfices ?

On estime qu’un euro de crédit d’impôt, donné à une production, qu’elle soit française ou étrangère, crée plus de trois euros de recettes pour le budget de l’Etat, en TVA, en cotisations sociales, mais aussi 10 à 11 euros de recettes pour l’économie dans son ensemble.

Comment avez-vous été reçue la semaine dernière à Hollywood ?

J’ai visité un grand nombre de studios : Fox, Sony, Universal, Disney, Warner, Amazon… Tous ont vanté la qualité de nos équipes techniques : « En France, vous avez les meilleures au monde », m'ont-ils dit. C’est donc bien le rehaussement du crédit d’impôt qui va jouer en faveur du choix de la France pour localiser un tournage. Nous avons eu la confirmation par Christopher Nolan [le réalisateur de la trilogie Batman] lui-même qu’il viendra tourner en France son film Dunkirk, sur la bataille de Dunkerque (21 mai-4 juin 1940), alors qu’il avait envisagé un moment de le tourner ailleurs. Et les réponses apportées à la direction de Marvel chez Disney pourraient nous permettre de remporter des tournages dans les semaines qui viennent.

Vous avez aussi profité de votre séjour pour voir comment on formait les professionnels des séries télévisées…

Je tenais à voir comment les Américains ont, depuis une vingtaine d’années, organisé leur enseignement de séries pour former des showrunners, ces professionnels qui assurent la direction artistique, maîtrisent l’écriture de la série et dirigent un pool de scénaristes. Rien ne remplace le talent, mais il y a des techniques qui s’apprennent également. Et regarder ce que les universités américaines ont fait nous aidera à mettre en place un programme de formation attractif pour compléter le cursus créé il y a deux ans au sein de la Fémis.

Où en est votre projet de festival international des séries ?

C’est un projet qui me tient à cœur. C’est pour cela que j’ai missionné Laurence Herszberg, directrice du festival Série Mania, qui va me faire des propositions très rapidement. Et je suis très heureuse que la productrice Iris Bücher et l’auteure d’Engrenages Anne Landois viennent l’accompagner pour développer ce grand festival des séries. Celui-ci positionnera la France comme l’épicentre de la fiction audiovisuelle. Je souhaite que la première édition ait lieu en 2017.

Pendant que vous étiez à Los Angeles, l’association Promouvoir a annoncé son intention d’attaquer le visa autorisant les « 8 Salopards » aux plus de 12 ans…

Cette association gagne, non pas parce qu’elle est forte, mais parce que la réglementation est trop restrictive. Avec Jean-François Mary, le président de la Commission de classification, qui devrait me rendre son rapport en début de semaine prochaine, nous avons bon espoir d’arriver très vite à la faire évoluer pour continuer à protéger la jeunesse, mais en respectant davantage l’intention des auteurs. Car il est hors de question de laisser une association faire la pluie et le beau temps en matière de classification des films et de continuer à subir des attaques qui vont à l’encontre du sens de l’histoire.

 

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