Michael Fassbender dans Steve Jobs de Danny Boyle
Michael Fassbender dans Steve Jobs de Danny Boyle - Universal Pictures France

Plus odieux que Steve Jobs dans le film de Danny Boyle, c’est difficile à imaginer ? Epaulé par l’acteur Michael Fassbender, cité à l’Oscar pour sa prestation, le réalisateur de 127 heures (2011) brosse un portrait peu flatteur du créateur d’Apple qu’il parvient cependant à rendre bien plus attachant que dans Jobs (2011) où Ashton Kutcher campait le businessman. « Contrairement à cette précédente version, le choix du scénariste Aaron Sorkin était de faire comprendre la psychologie de Jobs avec trois moments clefs de sa carrière plutôt que raconter sa vie en détail », confie Danny Boyle à 20 Minutes.

Un visionnaire mis à nu

Aaron Sorkin n’a pas son pareil pour rendre passionnants des sujets a priori rébarbatifs. Après s’être attaqué à la création de Facebook dans Social Network (David Fincher, 2010), il présente la vie de Steve Jobs pendant le lancement de produits phares qui se sont soldés par des succès époustouflants ou des échecs retentissants.

« Ce sont des moments où Steve Jobs était tellement à cran qu’il ne songeait plus à se dominer, ce qui fait qu’il se montre à nu devant ses proches que ce soit sa famille ou ses collaborateurs. Cet homme était dans le contrôle total mais nous n’avons subi aucune censure de son entourage pour le film », insiste Danny Boyle.

Epatant pour les affaires, nul pour les relations humaines

Il ne faisait pas bon travailler pour Jobs. Ses collaborateurs (incarnés notamment par Kate Winslet et Seth Rogen, ahurissants) vivaient dans un monde de terreur et de menace. Les plus mal traitées étaient cependant son ex-compagne et sa fille que ce dernier humiliait et dominait tout autant que ses employés.

« C’était un visionnaire pour les affaires mais il n’avait pas la moindre idée de la façon dont se gère une relation humaine. Il était très seul malgré ses succès parce qu’il était vraiment nul avec les gens. C’est cette disparité entre ses vies personnelle et professionnelle qui m’a fasciné. »

Un salaud dont on se souvient

Dans un dialogue du film, Steve Jobs explique qu’il ne cherche pas à être impopulaire mais qu’il se fiche qu’on ne l’aime pas. En sortant du film, le spectateur ne regrette pas de ne pas avoir connu cet être complexe, parfois génial mais souvent odieux, qui a marqué le monde par ses créations.

« Je le vois comme un homme héroïque et torturé, insiste Boyle. J’espère être parvenu à faire ressentir sa part d’humanité tout autant que sa fragilité. J’aimerais que le public garde une impression en demi-teinte de cet homme et qu’il ne le considère pas uniquement comme un salaud. »

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