Les bobines des films sont conservés sous bonne garde.
Les bobines des films sont conservés sous bonne garde. - C.Guthleben/20 Minutes
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Et si c’était avec les vieilles bobines qu’on faisait les meilleures projections ? Dans les salles obscures, il n’y a pas que les nouveautés qui arrivent en masse toutes les semaines. On peut aussi découvrir ou redécouvrir des vieux films restaurés, comme on ne les a jamais vus.

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Certains de ces longs-métrages sortent du département restauration du laboratoire Eclair. De « La Passion de Jeanne d’Arc » de Carl Theodor Dreyer à « La Boum » de Claude Pinoteau en passant par « Nuit et brouillard » d’Alain Resnais, ce sont près de 150 films qui passent tous les ans entre les mains expertes des équipes du laboratoire. Ils y travaillent de 3 mois à 1 an pour un budget de 15.000 à 300.000 euros. Mais, concrètement, comment ça marche ?

Lorsque le client fait appel à Eclair pour restaurer un film, tout commence comme une enquête policière, une longue investigation qui consiste à rassembler tout le matériel d’origine : négatifs, copies, mais aussi toutes les informations qui pourront aider les équipes. Cela va du dossier de production en passant par un journal de tournage ou un script annoté etc. « C’est un peu comme un puzzle, explique Audrey Birrien, directrice des projets du Pôle Patrimoine. Il s’agit de reconstituer le film. »

Cécilia Touchard intervient en premier. - C.Guthleben/20 Minutes


Expertise et numérisation

Lorsque les différents éléments parviennent au laboratoire, ils passent entre les mains de Cécilia Touchard, responsable de l’atelier de remise en état mécanique, et de son équipe. Pareils à des archéologues qui ouvrent les sarcophages des pharaons, ils sont chargés d’expertiser les pellicules. C’est le moment qui demande le plus de précautions. Les pellicules, souvent âgées, sont fragiles et parfois abîmées. « Lorsque j’ouvre une boîte, suivant l’odeur qui s’en dégage, j’arrive à savoir si la pellicule a commencé à se décomposer ou si elle est attaquée par des champignons », explique Cécilia Touchard. Si une dégradation de ce type est en cours, il faut faire vite. Les équipes entament ensuite de petites réparations. « Nous vérifions les collures, les perforations, détaille la responsable de l’atelier. Et, ce n’est pas parce qu’une image est cassée qu’on va l’enlever. » Cette première étape permet de définir le budget et le temps que prendra la restauration.

Les techniciens réparent les pellicules. - C.Guthleben/20 Minutes


Vient ensuite le moment de la numérisation, la transformation de la pellicule en fichier .mov. « Plus on scanne en haute définition, plus on voit les défauts », explique Robert Kfoury, responsable scan. Trois techniques peuvent être employées en fonction de l’état des négatifs. Audrey Birrien se félicite devant le Nitroscan, une machine créée par Eclair en 2011 pour numériser les bobines très fragiles ou très abîmées : « Certains films sont sauvés grâce à lui ».

Le Nitroscan a été créé par le laboratoire Eclair - C.Guthleben/20 Minutes


« Un film de 1940, ce n’est pas Avatar »

Le film est ensuite confié à Rodolphe Bertrand, responsable de l’atelier de restauration numérique et son équipe. « Tous les projets sont différents, explique ce dernier. Cela dépend de la démarche du client, de l’orientation qu’il veut donner à sa restauration. Mais s’il nous en demande trop, le film risque d’être dénaturé. On peut tout faire, mais on ne fait pas tout. Un film de 1940, ce n’est pas Avatar. » Chaque bobine passe par la stabilisation, la correction du battement lumineux, le filtrage – qui consiste à enlever les poussières. Lorsque les films sont vraiment en mauvais état, ils sont confiés à Jean-Christophe. Ce graphiste un peu magicien est capable de faire disparaître griffures, rayures, cassures et autres poinçons de douane ; mais aussi de recréer des images manquantes grâce à la technique de morphing qui consiste à assembler deux images. Il peut passer quelques minutes sur une image… Comme plusieurs jours.

La Passion de Jeanne d’Arc avant restauration - Gaumont

 

Après restauration - Gaumont


Et ce ne sont pas les films les plus anciens qui sont forcément les plus endommagés. « Plus les films ont eu du succès, plus les négatifs et les copies sont abîmés », analyse Rodolphe Bertrand. « La Boum » est, à ce titre, un bon exemple.

« Notre rôle est de restituer »

Le dénouement est proche. Il ne reste plus que l’étalonnage, qui consiste à corriger les couleurs de chaque image afin de lui rendre son aspect d’origine. « Le client participe aux choix artistiques et les valide, explique Béatrice Fraschini, chef de projet patrimoine. Parfois, les réalisateurs ou les directeurs photos viennent aider nos équipes. » Wim Wenders et Jean-Paul Rappeneau sont de ceux-là. « Notre rôle est de restituer, pas d’interpréter, explique Audrey Birrien. Certaines décennies sont marquées par un usage des couleurs bien précis. L’idée n’est pas de refaire le film, mais de le manipuler respectueusement. »

L’étalonnage est la dernière étape de la restauration. - C.Guthleben/20 Minutes


Après toutes ces heures de travail, le dernier maillon de la chaîne consiste à restituer le film au client en trois versions. D’abord un master HD pour fabriquer DVD et Blu-Ray, puis une copie numérique afin de les distribuer en salles, et enfin une copie film en 35mm pour une diffusion en festival et l’archivage.

Une véritable fierté pour ces professionnels passionnés dont le but, selon Rodolphe Bertrand, est « avant tout que les films soient vus et revus »… Mais aussi conservés pour toujours.

Où voir des films restaurés ?

Des films restaurés sortent régulièrement au cinéma dans toute la France. Et certaines salles s'en font une spécialité. Comme le Cinéma des Fauvettes, qui a ouvert ses portes en novembre dans le XIIIe arrondissement de Paris. Mais, vous pouvez aussi découvrir ces longs-métrages bien au chaud chez vous, grâce aux nombreux éditeurs, comme Pathé qui proposent de vieux films restaurés en DVD.

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